La relève agrotouristique fleurit dans Charlevoix

Présenté par
Charlevoix

Les Charlevoisiennes Madeleine Dufour, Gabrielle Cadieux-Gagnon et Julie Gauthier ont toutes trois repris l’entreprise de leur famille respective. Leur but? Continuer d’habiter le territoire, à leur manière. Que ce soit avec une fromagerie-vignoble, une ferme d’élevage ou une pêche ancestrale, ces entrepreneures sont guidées par leurs valeurs et par la conviction que nourrir le Québec peut se faire à échelle humaine.

Gabrielle Cadieux-Gagnon n’a pas eu beaucoup de temps pour réfléchir : en 2018, la Ferme Éboulmontaise, fondée par ses parents et l’endroit où elle a grandi, a fait faillite. En quelques mois, elle a dû passer à l’action et racheter l’entreprise aux créanciers. 

Bien consciente qu’elle allait devoir prendre des décisions difficiles, Gabrielle s’est lancée dans l’aventure de l’élevage d’animaux avec une idée en tête. «On veut nourrir le monde en allant chercher le nécessaire au lieu du maximum», résume-t-elle, en précisant que c’était l’essence de la ferme depuis sa fondation.

En réduisant le nombre de brebis de 350 à 80, elle prend un tournant qui vient avec son lot de défis. «Ça vient de grosses convictions… mais revenir en arrière quand tu prends conscience de l’impact, du pouvoir que t’as en tant qu’humain, de faire abstraction de tes valeurs profondes, c’est impossible. [En gardant un petit troupeau], je peux faire du pâturage. Je peux travailler comme j’ai envie de le faire», juge-t-elle, même si la rentabilité est plus difficile à atteindre ainsi.

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Gabrielle Cadieux-Gagnon a repris la ferme d’élevage fondée par ses parents, la Ferme Éboulmontaise, en 2018.

 

agneaux. La Ferme Éboulmontaise a conservé sa fidèle clientèle, qui peut désormais profiter d’une livraison à domicile. La dinette et la boutique proposent des plats et des produits de la ferme, et ceux-ci sont accompagnés d’une sélection de produits locaux triés sur le volet. 

Mais pas question de créer une ferme «Disney World» pour plaire aux touristes qui la visitent, lance Gabrielle Cadieux-Gagnon. «C’est pas tout le temps sexy chez nous, des fois il y a un gros tas de fumier à côté, je veux que les gens s’imprègnent de la réalité. Manger, c’est une des seules choses qu’on a besoin de faire tous les jours. Quand on est déconnectés de la production de notre nourriture, ça ne va pas bien», dit-elle.

Quant à savoir si ses enfants reprendront, comme elle l’a fait, la ferme familiale, Gabrielle se garde une réserve. «Ce que je veux c’est d’être capable de leur donner et qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent avec. Est-ce qu’on est vraiment propriétaire de notre territoire?»

Première au repêchage

Julie Gauthier a toujours connu la pêche à la fascine. Son père, son oncle et toute sa famille pratiquent cette activité depuis des générations à partir du petit hameau de l’Anse-au-Sac, entre Baie-Saint-Paul et La Malbaie. Le principe de la fascine est de laisser entrer les poissons dans une suite de filets en forme d’entonnoir et qui les emprisonnent à marée basse. C’est une méthode de pêche pratiquée par de nombreux peuples autochtones depuis des siècles, non seulement en Amérique du Nord, mais aussi en Europe et en Asie.

Reprendre les rênes de la petite entreprise de pêche de son oncle était pour Julie une façon de s’assurer que la pêche à la fascine continue à faire partie du territoire. «En 2018, mon oncle a dit: “Je pense qu’on va arrêter ça.”, raconte-t-elle. Ce n’est pas juste un métier, c’est patrimonial. Ça ne se pouvait pas qu’il n’y ait plus de pêche.»

Julie Gauthier est l’une des dernières représentantes de la pêche à la fascine au Québec.

 

Pour elle, attraper du poisson grâce à un ingénieux système de filets qui utilise la marée est tellement normal que, lorsqu’elle a repris la petite entreprise familiale, elle n’avait aucune idée à quel point ils étaient peu nombreux à posséder ce savoir-faire. «Quand j’ai repris, on était cinq permis multi espèces au Québec, mais là on est deux ou trois en activité. À une certaine époque, il y en avait 67 juste à l’Isle-aux-Coudres», dit-elle. Aujourd’hui, Robert Mailloux est le seul pêcheur à la fascine sur l’île.

Le capelan, petit poisson connu pour ses spectaculaires périodes de fraie sur les rivages où il s’échoue par centaines de milliers chaque printemps, est son gagne-pain principal. Le poisson frais fait le bonheur d’une clientèle locale qui n’en démord pas, mais Julie a amélioré les installations de l’entreprise pour acquérir un permis de transformation, ce qui lui permet de générer des revenus beaucoup plus intéressants. 

En tant que pêcheuse, mais aussi responsable de la transformation, de la vente, de la distribution et du marketing de son entreprise, Julie Gauthier doit jongler avec un emploi du temps… diversifié. Si le capelan arrive en pleine nuit, il faut aller le prendre. Mais le lendemain, il faut le transformer, tenir la boutique et accueillir la clientèle. 

Cette année, en association avec le Géoparc de Charlevoix, Julie pourra montrer aux touristes les techniques de pêche ancestrales dont elle est désormais une des seules gardiennes. Avec l’ethnologue Louise Saint-Pierre, Julie Gauthier a fait reconnaître les pêcheries à la fascine au patrimoine immatériel du Québec. Ce statut implique que «la sauvegarde, la transmission ou la mise en valeur de l’activité présente un intérêt public», selon le Conseil québécois du patrimoine vivant.

L’avenir dira si les poissons seront toujours au rendez-vous dans ses filets. Mais Julie Gauthier voit sa pêche ancestrale comme une activité responsable et durable, qui démontre qu’on peut exploiter les ressources du Saint-Laurent sans détruire l’écosystème.

Le capelan pêché par Julie est transformé et vendu sur place à la boutique.

Planter pour la prochaine génération

Madeleine Dufour et son frère Alexandre gèrent en duo la fromagerie Famille Migneron de Charlevoix, au nord de Baie-Saint-Paul, depuis sept ans. Elle se perçoit comme la continuité d’une vision agricole fondée par ses parents. «C’est un peu unique au repreunariat familial, raconte-t-elle. Avant de reprendre l’entreprise, on n’était jamais trop loin de la prise de décision. On est très conscient du contexte dans lequel nos parents étaient plongé à l’époque.»

Les décisions du passé influencent le présent, et c’est encore plus vrai en agriculture, juge Madeleine. Il y a 30 ans, il n’y avait que la fromagerie. En 2009, son père Maurice Dufour a mis des vignes en terre après avoir eu du succès avec des cépages de climat froid. «La vigne plantée en 2009, on finit par la récolter à pleine maturité aujourd’hui. On plante des vignes là, j’ai hâte de voir dans 10 ou 15 ans!», s’enthousiasme-t-elle.

Madeleine Dufour et son frère et partenaire, Alexandre

 

En plus de ses 15 000 plants de vigne, sa gamme de fromages et maintenant son offre de spiritueux faits à partir des résidus de la production du fromage et du vin, la Famille Migneron accueille aussi des visiteurs sur les lieux : «Si on veut élever notre discours, nos standards, élever le niveau de connaissance sur les enjeux, ça se passe dans la face du monde. On leur dit : “Voici les enjeux, voici comment c’est fait un produit artisanal.” L’objectif c’est d’allumer l’étincelle de la curiosité», lance Madeleine Dufour.

À cet effet, le restaurant gastronomique les Faux Bergers est installé sur la terre de la Famille Migneron, une façon de rendre hommage à la terre et aux gens qui ont produit les aliments servis à table.

Et à l’instar de Gabrielle Cadieux-Gagnon et de Julie Gauthier, la boussole de Madeleine Dufour pointe vers la durabilité de son métier. «On se voit comme les gardiens du sol, tranche-t-elle. On ne ferait pas cette job si on n’était pas capable de le faire de manière respectueuse.»

En plus de ses délicieux fromages, la Famille Migneron est désormais connue pour ses vins agricoles et son gin à base de petit-lait.

 


Photographié par Mikael Lebleu

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