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« L’annonce de la refermeture est une gifle » : les témoignages de Perle Morency et Christian Bégin

Mis à jour le 1 avril 2021
Témoignages Perle et Claude

Le monde de la restauration subit l’onde de choc provoquée par la refermeture des salles à manger annoncée mercredi par le gouvernement, et les témoignages des acteurs du milieu sont alarmants. Perle Morency, du restaurant Côté Est de Kamouraska, et Christian Bégin, animateur et grand ami des restaurateurs et restauratrices de la province, nous ont confié leurs inquiétudes face à cette catastrophe annoncée.

Perle Morency, une restauratrice éprouvée

Au bout du fil, Perle Morency semble au bout du rouleau. Les efforts déployés au cours de la dernière année lui ont pris toute son énergie. « On va fermer pour le prochain mois. On se repose. On n’a plus d’énergie ni de ressources financières ». Elle a tout donné : « Ça fait un an qu’on est ouvert en mode continu, malgré plusieurs périodes de fermeture. On s’est convertis en boutique gourmande. On a toujours un petit marché qui nous permet de rouler un minimum. C’est pas donné à tout le monde de pouvoir et de vouloir se réinventer ». Les revenus de la boutique ne permettent tout de même pas au restaurant d’être rentable.

Les annonces gouvernementales d’ouvertures et de fermetures répétées ont entraîné des pertes financières considérables : « L’annonce de la refermeture est une gifle. On avait racheté de la bière en fût, fait rentrer 30 000 dollars de vins en stock … On voyait enfin la lumière au bout du tunnel ». L’aide gouvernementale est toujours insuffisante pour pallier toutes ces pertes : « Ouvrir nous pénalise, au final. Depuis décembre, on n’est plus éligible aux subventions salariales pour toutes sortes de raisons. Il suffit d’avoir un dollar de revenu de trop et on te coupe toutes les vivres ».

L’improvisation du gouvernement et les décisions lancées sans préavis ont eu de lourdes conséquences pour Perle, comme pour toutes ses consœurs et tous ses confrères du milieu. « Le pire, c’est de ne pas savoir. On anticipe le pire en ce moment. Ouvrir et fermer, c’est ce qui coûte le plus. Je parlais à des gens du milieu, et on estime que ça nous coûte 30 000 à chaque fois. Nous on s’est endetté cette année pour rester ouvert. En plus, on est privilégiés, on est dans le Bas-Saint-Laurent, on a pu rester ouverts bien plus longtemps que les autres ».

Perle Morency déplore les conséquences à long terme de ces allers et retours qui font souffrir les restaurants. « Les gens pénalisés seront les petits restos, les artisans du terroir … Je me demande vraiment à quoi bon continuer. Ça n’a plus de sens, c’est du masochisme de rester ouverts. Pendant que les artisans meurent de faim, ce sont les grandes entreprises qui en bénéficient en voyant leurs revenus augmenter. Je suis d’une tristesse… ».

Perle est une passionnée. On a toujours senti qu’elle était à sa place dans la restauration, qu’elle poursuivait un rêve que rien ne pourrait freiner. Mais avec l’annonce de cette refermeture, on la sent épuisée, éprouvée. Malheureusement, bien des gens du milieu se retrouvent dans la même situation aujourd’hui. Elle souligne un autre enjeu que soulèvent tous ces revirements dans le secteur de la restauration : la santé mentale. « Plus personne ne veut travailler en resto. C’est trop insécure et la santé mentale en prend un coup. On est porteurs de l’identité québécoise, porteurs de traditions. Il va falloir qu’on réalise que les restaurants sont plus que des restaurants, qu’il y a des gens derrière. Il va falloir que le gouvernement voit l’impact de ses décisions sur les gens ».

Christian Bégin : « Les gens sont en train de tomber physiquement »

L’animateur et épicurien Christian Bégin s’est également entretenu avec Perle plus tôt dans la journée : « Je parlais à Perle ce matin et on sent qu’on va perdre du monde. On a beaucoup parlé de l’hécatombe dans la restauration et, là, elle arrive. On va faire face à des problèmes majeurs, pas juste des fermetures, mais sur le plan humain ». Grand amoureux des restaurants et des gens qui les animent, Christian a lancé un appel à la solidarité sur sa page Facebook plus tôt dans la journée.

On connaît la passion de Christian Bégin lorsqu’il parle de bouffe et de restos, mais cette fois, c’est de l’inquiétude que l’on entend dans sa voix. « On arrive à un point critique, un point de rupture. J’ai l’impression qu’on ne va vivre que du confinement-reconfinement et il y a des industries plus vulnérables à ça. La restauration en est une. C’est pas simple d’ouvrir et de fermer. On a atteint une limite. Il y a un élastique qu’on étire depuis longtemps et qui est en train de péter ».

Les décisions du gouvernement sont qualifiées par Christian de « jeu de yoyo » : « Ouvrir et fermer un resto, c’est pas comme ouvrir et fermer une switch. La dictature du présent fait que même quand on veut ouvrir les portes, on ne peut pas le faire avec confiance. On a de la misère a établir les priorités et à admettre que les impacts d’ouvertures et fermetures répétées sont différents selon les types d’entreprises. Les restaurants ne sont pas des entreprises qui passent facilement à travers de telles épreuves ». Il est particulièrement préoccupé par la santé mentale et même physique des gens qui se battent pour faire survivre les restos. Les décisions du gouvernement montrent que l’on sous-estime l’impact de ce jeu de yoyo sur le moral des gens.

La plus récente annonce de refermeture vient couronner une année qui était déjà assez difficile pour les restaurateurs : « Ça vient freiner l’élan de bien du monde. On ne peut plus présumer de l’énergie des gens. Je ne sais pas comment on va survivre à ça. Les gens sont usés, fatigués, à bout. Et j’ai l’impression que les gens qui prennent les décisions n’ont pas de considération pour ça ».

Comme Perle Morency, Christian Bégin souligne l’importance des restaurants en tant que lieux d’expression de notre culture. Afin de la préserver et de soutenir une communauté qui vit pour sa passion, il encourage tous ceux et celles qui en ont les moyens à commander pour emporter, surtout en cette fin de semaine pascale, en prévision de laquelle les garde-mangers des restaurants ont été remplis. Avant la refermeture …

On se serre les coudes, encore une fois.

© Photo page Facebook de Côté Est

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