Un an en pandémie : « deux semaines qui sont devenues une longue année » – Témoignage de Mélanie Blanchette

un an en pandémie témoignage

Un an en pandémie

Voilà maintenant un an que le monde de la restauration a été mis sur pause. Retour sur une année de pandémie qui a profondément affecté le monde de la restauration.

Témoignage de Mélanie Blanchette, copropriétaire des établissements Bouillon Bilk et Cadet, deux incontournables en ville.

« L’an dernier jour pour jour, resto 1 est passé de 160 à 34 réservations en 24 heures. Mon associé et moi on s’est regardé et on s’est dit ouin, peut-être qu’il se passe VRAIMENT quelque chose. On a décidé de fermer « une semaine ou deux » en attendant que ça passe et ça a pas passé.

Puis notre industrie s’est écroulée.

Un mois chez soi, rien faire, ça fait 9 ans que ce n’est pas arrivé. Faire des fichiers excel pour essayer de voir comment on peut et combien de temps on peut. Mais surtout SI on peut.

Ta mère qui s’inquiète pour toi. Ta soeur qui te le diras pas, mais qui s’inquiète aussi. Les employés qui questionnent. Qui pensent que tu sais des choses qu’ils ne savent pas. Mais tu ne sais rien. » Tu penses quoi toi, Mel? » Là faut pas que je pense, faut juste que je fasse.

Des gens qui meurent. Et quand les gens meurent, la seule chose que tu peux faire c’est fermer ta gueule à propos de ta business parce que sinon tu passes pour la personne qui a les valeurs à la mauvaise place. Mais sans ton entreprise, tu meurs un peu toi aussi. Ravale.

Croiser au Home Dépôt, un collègue qui a perdu son resto dans la foulée et même pas pouvoir lui faire une accolade en guise de modeste support. Ark. Coudonc! On veut quoi pour le Montréal d’après? On en veut tu encore des bonnes adresses? On en veut tu encore du rayonnement à l’international grâce à nos projets gastronomiques? On en veut tu encore des hotels qui accueilleront des gens qui veulent Montréal plus que nous on dirait??? Pis l’art???

Mettre sur pause un chantier. Ça fait juste deux ans qu’on bosse là-dessus, j’imagine qu’il y a pire. On rit.

Se réinventer. Parce qu’on a tous dans notre bout de manche, la meilleure idée de take-out et la recette pour repenser la roue. Parce qu’on a fait le choix de vivre notre métier qu’on réalise tellement vulnérable, on doit forcément avoir la clé pour se sauver le cul. « Mais on va vous aider » . Hahaha.

Se faire encourager. Parce que c’est devenu ça. Ce n’est plus à propos d’avoir un bon repas, c’est à propos d’encourager un restaurant. C’est apprécié et je comprends l’idée. Merci. J’avais peut-être perdu de l’humilité en ch’min.

Y a eu beaucoup de bon pendant cette période là, du temps en famille, faire son (estie de ) pain, réfléchir et ralentir. Mais ça c’était cute un bout, là on commence à être écoeuré un peu.

Deux semaines qui sont devenues une longue année. J’ai ridé de la face de sorte que j’aime quasiment ça porter un masque. Man, tu voles pas des années dans la quarantaine d’une fille, c’est trop chien. Estie de pangolin.

Courage ça achève. Y parait. »

© Photo Alison Slattery — Instagram


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