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Hemela Pourafzal : la reine des confitures a 80 ans !

Mis à jour le 9 février 2021
Hemela Pourafzal

Aujourd’hui, 9 février 2021, Hemela Pourafzal, propriétaire du célèbre restaurant Byblos le petit café célèbre ses 80 ans !

En affaires depuis plus de 31 ans, Hemela a su conquérir le cœur de ses clientes et clients avec sa cuisine réconfortante, son restaurant unique et son charme incontesté. Cette femme au caractère fort a marqué la restauration montréalaise et grandement contribué à sa diversité. On a voulu célébrer son histoire et tout ce qu’elle a construit depuis son arrivée au Québec.

Hemela Pourafzal est née à Rasht, en Iran, en 1941 dans une famille de cinq enfants. Dès son plus jeune âge, Hemela adore la cuisine. « Ma mère ne voulait jamais que je rentre dans la cuisine, elle disait que je dérangeais notre cuisinière ». Hemela allait donc assouvir sa passion chez sa tante qui, elle, la laissait jouer aux fourneaux et lui apprenait les dessous de cette cuisine perse si délicieuse.

À 23 ans, Hemela se marie avec Rahim Djavanmard-Haghi et part vivre à Los Angeles, où son mari, originaire du même village qu’elle, est installé depuis cinq ans. Là, elle vit un mariage qui n’est pas à la hauteur de ses attentes, mais elle se console dans les tâches quotidiennes de la maison et surtout en cuisinant. « Je me détendais en faisant les courses et en cuisinant. Dès que j’ai des soucis, encore aujourd’hui, je me mets à faire la cuisine. C’est un moyen de me changer les idées, de me remonter le moral ».

Huit mois plus tard, malheureuse, Hemela retourne vivre en Iran. Elle est alors enceinte de Nina, sa fille unique.

En 1967 Hemela, qui travaille pour l’institut Pasteur de Téhéran, apprend le français en quelques mois et se fait muter à Paris. Là, elle reçoit beaucoup d’amis et participe à de nombreuses soirées au cours desquelles elle cuisine souvent et leur fait découvrir les saveurs perses.  C’est à cette époque que son rêve d’ouvrir un restaurant prend naissance. Cependant, tout le monde le lui déconseille parce que Nina est toute petite (un an) et qu’elle l’élève seule depuis son divorce.

Hemela quitte ensuite Paris en 1972 pour aller en Suisse où est installée sa sœur ainée et travaille comme secrétaire à l’ambassade d’Iran de Bern. Là, elle participe à l’organisation des soirées de l’ambassadeur. Elle est très présente dans les cuisines, élabore les menus et participe à faire rayonner la gastronomie de son pays.

Au moment de la révolution islamique, elle décide de déménager à Nice ; nous sommes en 1979, et là encore, elle se console en cuisinant. Plus que jamais, elle souhaite ouvrir son restaurant. Encore une fois son projet ne se réalise pas car elle aurait eu l’obligation de prendre un associé français, mais elle n’en n’a aucunement envie voulant garder son autonomie. Nina a 12 ans et Hemela renonce une nouvelle fois à son rêve.

Mais le destin veille, son petit frère Massoud, déjà installé à Montréal, lui fait part de son projet d’ouvrir un restaurant chinois. Même si elle n’a jamais mis les pieds au Québec, elle décide de faire ses valises et de le rejoindre. « Ça m’a tenté tout de suite cette histoire de restaurant ! Le contrat avec Massoud était que je l’aide dans un premier temps avec son restaurant et qu’ensuite il me rende la pareille pour le mien ».

Chose promise, chose due. Le restaurant de Massoud, ‘’Meï, le café chinois’’ bien installé et toujours ouvert à ce jour, ‘’Byblos le Petit café’’ voit le jour sur la rue Laurier Est en juillet 1989, deux ans seulement après l’arrivée d’Hemela. « Je voulais avoir un café avec plein de livres ! Un mélange de resto, de café, de bibliothèque où les gens pourraient se rencontrer, lire, et surtout découvrir la cuisine iranienne ».

Au début, Hemela s’inquiète de l’accueil de la clientèle, on est encore en pleine guerre Iran-Irak ; elle choisit donc le terme “Moyen-Orient” pour décrire le Byblos. « Je me suis dit que je commencerais avec quelques plats et que j’ajusterais en fonction de la demande. J’ai pensé que les gens ne seraient pas intéressés par des plats aussi étrangers, mais je me suis trompée. Dès le début, les gens ont été super enthousiastes ».

À son ouverture, le Byblos le Petit Café n’était que le tiers de ce qu’il est aujourd’hui. Le menu était beaucoup plus restreint et Hemela cuisinait avec une de ses amies. « J’ai choisi les mets que je pensais plaire à tout le monde. Les recettes du Nord de l’Iran d’où je viens, avec beaucoup d’options végétariennes. J’ai essayé de mettre des choses qui allaient faire plaisir aux Québécoises et aux Québécois. Créer un petit-déjeuner inédit ici ». Et ce fut un succès.

La salle se remplit de clients qui sont à la fois intrigués par le décor, charmés par l’ambiance et ravis par la cuisine. Hemela est une hôtesse exceptionnelle et le mot se passe. Trois mois après l’ouverture, le menu prend pratiquement sa forme actuelle et la salle, quartier oblige, se remplit d’artistes, d’intellectuels et d’amateurs de cuisine iranienne.  C’est l’époque où l’on y croise Patrick Masbourian, André Turpin et Denis Villeneuve, alors jeunes loups de l’audiovisuel ainsi que des tas d’artistes venus siroter un de ces merveilleux thés à l’iranienne ou savourer en bonne compagnie un des petits plats mitonnés par Hemela.

Sept ans après l’ouverture, son autre frère Hamid souhaite également immigrer au Canada. Avec son arrivée, Hemela décide d’agrandir le local et de travailler avec lui au bon fonctionnement de l’établissement. Il s’occupe de faire les courses, aide à servir et surtout la soutient moralement.

Le local est agrémenté de plantes, de tapisseries, de petits trésors d’Iran et de tableaux peints par Massoud et Hamid. L’ambiance du restaurant est unique et le nouveau local permet de récupérer un coin entier de baies vitrées qui rend l’espace magique en été.

Pendant toutes les années du Byblos, ce qui fait le plus la fierté d’Hemela est d’avoir son restaurant rempli d’artistes. En plus des trois jeunots mentionnés plus haut, Denis Arcand, Jean LeLoup, Gaétan Soucy et plusieurs autres y passent. Le milieu culturel adopte rapidement le Byblos et les artistes s’y rassemblent pour lire, créer, penser et manger. « Ça me rend si fière que le milieu artistique soit inspiré par mon restaurant ! ».

Du restaurant, elle dit : ‘’J’aime tout ! L’ambiance, les clients qui viennent, les plats que j’offre, les décorations. Mais ce n’est pas moi qui dois aimer ça, ce sont les gens ! ». (Rires)

Ce qu’elle souhaite le plus ? Que l’expérience au Byblos reste constante. « Je ne veux pas changer les choses, je souhaite que les gens retrouvent toujours la même qualité et les mêmes plats. Pour mes clients je veux que venir manger dans mon restaurant soit comme rentrer à la maison et manger un repas fait par sa maman ».

Son conseil ? « Être soi-même et aimer cuisiner. Il faut aimer ce qu’on fait. Ce n’est pas la peine sinon, et ça ne marchera pas ».

Maintenant qu’Hemela a 80 ans, sa fille Nina et son petit-fils Reza prennent la succession du restaurant. « Je serai toujours là, c’est ma maison. Mais ce sont eux qui vont prendre la responsabilité. Après 80 ans, ça devient difficile d’en prendre trop. Il faut freiner un peu ».

Sa fille Nina confie que le grand succès de sa mère vient sans aucun doute de sa grande générosité. Et qu’on peut aussi attribuer les 30 ans de popularité du Byblos à la persévérance (voire l’entêtement !) d’Hemela ainsi qu’à son énergie débordante, même à 80 ans (!)

Joyeux 80e Hemela. زنده باد  بیبلوس

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