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Un retour aux sources pour les sœurs Boulay en Gaspésie

Publié le 7 juillet 2021
sœurs Boulay Gaspésie

Un retour aux sources pour les sœurs Boulay en Gaspésie

La tournée Mangeons local plus que jamais est passée par la Gaspésie. Nouvelle région, nouveau coup de foudre ! Tastet a encore une fois la chance de résumer les activités du mouvement lancé par l’Union des producteurs agricoles.

Avec comme fond sonore le chant des vagues, la journée organisée par la Fédération de l’UPA Gaspésie Les Îles en collaboration avec Gaspésie gourmande et Le bon goût frais des Îles est lancée. La région de la Gaspésie – Les Îles regroupe les municipalités d’Avignon, Bonaventure, Côte-de-Gaspé, Haute-Gaspésie, Îles-de-la-Madeleine et Rocher-Percé. Difficile d’identifier une culture dominante, c’est surtout la diversité de production qui définit ce coin du Québec encerclé par la mer, la terre et la forêt. Le territoire est tellement vaste que la visite s’est concentrée dans la région de Rocher-Percé.

Pour les sœurs Boulay, c’est un retour aux sources dans leur belle Gaspésie. Ayant grandi à New Richmond, les deux chanteuses étaient les ambassadrices parfaites pour passer la journée avec les différents producteurs. On les connaît pour leurs chansons remplies de sensibilité et leurs voix qui s’harmonisent à la perfection. Ce que l’on connaît moins, c’est leur intérêt très marqué pour les aliments locaux. Mélanie souligne que le plaisir de manger frais sert bien les épicuriennes qu’elles sont. De son côté, Stéphanie, après 12 ans à Montréal, s’est installée en campagne avec son conjoint pendant la pandémie. « Quand la pandémie est arrivée, tout s’est arrêté, je me sentais inutile, j’avais besoin d’apprendre à faire des choses concrètes ; je voulais  sentir que je faisais partie d’un tout », a-t-elle raconté. Elle a maintenant plusieurs projets qui alimentent ce besoin d’apprendre : des poules pondeuses, des coqs à chair, des ruches et un jardin. En faisant un petit tour dans leur arbre généalogique, les sœurs Boulay ont découvert que leurs ancêtres étaient agriculteurs, tradition qui a cessé du temps de leurs parents.

Au cours de la journée, Stéphanie a établi un parallèle entre la production agricole et le processus de création : « les deux commencent par semer des graines ; on doit ensuite attendre et espérer en tirer quelque chose de plus grand », a-t-elle remarqué.

Ce jour-là, les ambassadrices ont visité l’Érablière Côté Sucré, la Ferme Percé Nature et la ferme Lorenzo Athot, ainsi que l’entreprise Les Jardins Fleuris, qui abrite une nouvelle micro entreprise, la Réserve Végétale.

Érablière Côté Sucré

Stéphanie et Mélanie ont été accueillies par Christine Côté et son conjoint Dominique Barabé pour la visite de l’érablière Côté Sucré. Une belle installation unique avec vue sur mer qui exploite 20 000 entailles. C’est plus d’une centaine de kilomètres de tuyaux et 88 hectares de terre aménagée, où, par exemple, les épinettes ont été enlevées pour ne pas nuire à la production d’eau d’érable. 

Tout a commencé par un projet de quitter la région de la Montérégie pour un an. Dominique et Christine avaient promis à leurs enfants un retour à la maison par la suite. Mais, au moment d’inscrire les enfants à l’école dans leur région d’origine l’année suivante, ces derniers ont statué : « on reste ! ». Les choses se sont ensuite précipitées pour le couple. En sept mois, ils avaient 10 000 entailles installées pour la récolte de la première année. En 2019, un an plus tard, ils obtenaient la certification bio. Cela fait maintenant quatre ans que le couple produit un sirop hors du commun teinté d’un peu de rouge, comme la terre qui l’entoure. Les sœurs Boulay ont pu goûter à la tire préparée par Christine le matin même.

À l’érablière Côté Sucré, tout est pensé pour être fonctionnel et agréable pour les visiteurs. Quand on fait le tour, ce ne sont pas les installations auxquelles on s’attend quand on a visité des érablières plus anciennes : équipements de pointe, bouilloire étincelante, boutique décorée au goût du jour… Un décor qui fait le bonheur des touristes qui visitent l’érablière de façon soutenue, surtout en dehors de la saison !

En effet, les propriétaires vivent deux grosses périodes dans l’année : la première, de janvier à avril, pour la récolte et la fabrication du sirop d’érable. La deuxième, c’est l’été ! Alors que ce n’est pas dans les habitudes des Québécoises et des Québécois de visiter une érablière en plein mois de juillet, les Européens en vacances en Gaspésie, eux, en sont ravis. Avant la pandémie, 25 à 30 visiteurs par jour se rendaient à l’érablière durant la belle saison.

Stéphanie Boulay s’est aventurée à entailler des érables chez elle l’hiver dernier. Elle en a profité pour demander quelques conseils. La discussion fut fort enrichissante, autant pour elle que pour Christine et Dominique, puisque à la surprise de tous, Stéphanie a partagé le fruit de ses lectures sur le sujet et elle a même réussi à leur apprendre quelque chose ! Elle a mis les producteurs sur une piste de culture qui s’arrime avec les érables. La curiosité de Dominique a été piquée et il a promis d’approfondir les recherches. On verra dans le futur si ça mène à quelque chose…

L’entraide est monnaie courante en Gaspésie. La région est éloignée des grands centres et le réseau local est important. La preuve ? L’érablière a déjà collaboré avec d’autres producteurs de la région : la microbrasserie Auval, le Camp de base pour les brunchs des sucres, la Société secrète et la microbrasserie Pit Caribou. Christine a souligné à quel point les gens sont tissés serrés : « je fais juste m’enfarger dans du bon monde ! Par exemple, si ma voisine voit qu’il y a encore de la fumée tard, elle me prépare mon souper et vient me le porter ».

Mélanie a résumé en quelques mots le sentiment de la majorité des visiteurs : « C’est magnifique de connaître le travail derrière chaque goutte de sirop ». On n’aurait pas pu mieux dire.

Dîner champêtre

On est arrivés au deuxième arrêt, chez Lorenzo et Arlène pour dîner. Les tables dehors nous attendaient et le repas était composé de produits régionaux. Les noms des plats sont indicateurs de cette proximité avec les producteurs locaux : sandwich au bœuf de Bertrand, pain de Sven, pleurotes confites de Mathieu, salades mélangées de Lydia, quinoa gaspésien, légumes marinés de Michel, pousses d’Audrey, saumon fumé du Paternel, shortcake aux fraises Bourdages et mélilot. On a pu goûter aux spécialités du coin et en pensant à tous les producteurs nommés dans ce menu on avait l’impression qu’ils étaient assis avec nous. Sans oublier les kombucha, les vins à la rhubarbe ou à la fraise et les bières du secteur qui accompagnaient ce repas à merveille.

Stéphanie a mentionné que le saumon était différent et délicieux. On lui a expliqué qu’il était préparé en pavé plutôt qu’en tranches fines comme on est habitués à le déguster. La brise, le beau temps et la vue imprenable sur l’île Bonaventure venaient compléter cette pause. Mais à la fin, ce sont les vaches de Lorenzo et Bertrand qui ont volé la vedette quand elles sont sorties un peu plus bas. Tout le monde s’est levé pour aller les voir.

Ferme Percé Nature et Ferme Lorenzo Athot

Dans le cadre de cette tournée, on a également découvert un exemple de collaboration hors du commun. Deux producteurs bovins qui ont regroupé leurs troupeaux sur la même terre. Depuis 2016, Bertrand Anel s’est joint à Lorenzo Athot et ils ont développé un partenariat qui leur permet de continuer à vivre de leur passion tout en ayant la possibilité de souffler un peu. La formule est simple, les deux gèrent les troupeaux sur la terre de Lorenzo. Bertrand a aussi une terre de deux hectares à Val d’Espoir qui sert surtout à sevrer les veaux une fois qu’ils ont six à huit mois. Il utilise aussi cette terre pour éviter au taureau Samson de s’accoupler avec certaines génisses, ce qui facilite la gestion des périodes de vêlage. Les races de vaches sont choisies en fonction de la taille des veaux qu’elles donneront, ce sont surtout des vaches Galloway et des Angus que nous avons vues. Stéphanie en a profité pour tester les connaissances des deux producteurs en leur demandant de l’aide pour identifier une race de vache à partir d’une photo qu’elle avait prise dans un champ près de chez elle.

Bertrand et Lorenzo ont expliqué leur philosophie de l’élevage et combien ils valorisaient le fait de nourrir leurs vaches à l’herbe et au foin. Ils sont fiers de ne pas utiliser de produits chimiques et que leurs vaches puissent se promener à leur guise sur le terrain. 

Du même souffle, ils ont partagé les défis du statut d’agriculteur, une profession qui n’est pas reconnue à sa juste valeur selon eux. Le premier défi qu’ils ont partagé à l’unisson : la main-d’œuvre ! Pas facile de trouver les bonnes personnes pour prêter main-forte. Et quand en plus on n’a pas de relève, comme Lorenzo, la collaboration avec Bertrand est salutaire. Un autre défi est de rendre l’entreprise rentable et de conserver cette rentabilité. Mettre en place des façons de faire plus lentes, naturelles, a un prix. Bertrand explique qu’il y aurait un travail d’éducation à faire pour sensibiliser les consommateurs à se questionner sur la provenance de la viande qu’ils mangent.

Quels sont les avantages de fonctionner en collaboration comme ils le font ? Lorenzo nous a spontanément donné un exemple qui peut sembler banal pour plusieurs… Il peut maintenant prendre des vacances parce que Bertrand prend la relève pendant son absence. Et vice versa. Parce que travailler sur une ferme c’est 7 jours sur 7, 365 jours par année.

Bertrand peut aussi profiter de l’expérience de Lorenzo, parce qu’il y a beaucoup de choses qui ne s’apprennent pas dans les livres. Le transfert de connaissances est plus organique. Le mode de collaboration ne se limite pas aux 2 partenaires, un programme de Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole (CUMA) existe aussi pour permettre aux agriculteurs membres de se partager la machinerie. Ainsi, au lieu que chacun achète l’équipement, ils se le partagent. 

Tout au long de la visite, on a profité des explications des deux passionnés. Mais c’est en s’approchant des bêtes que les sœurs Boulay ont craqué. On a vite compris que pour attirer les vaches, les poignées de foin étaient parfaites.

Bertrand a donné le mot de la fin : « On sent un élan d’intérêt agréable à vivre, ça donne l’impression de faire partie de quelque chose. Les gens passent, nous saluent, nous connaissent. Cette reconnaissance locale fait aussi partie du salaire agricole ».

« Faire partie de quelque chose », l’expression est revenue souvent au cours de la journée. Comme si l’écosystème qui relie les producteurs aux consommateurs devenait plus fort et significatif ; comme si les circuits courts venaient donner un sens à tout cela.

Jardins Fleuris

C’est Jean-Philippe Arsenault qui a accueilli le groupe avec un assortiment de bières de la région. Il est producteur agricole depuis une vingtaine d’années. Ce sont ses parents qui ont démarré le centre jardin, mais Jean-Philippe faisait déjà partie des actionnaires à l’âge de 13 ans.

Après avoir fait des études à Saint-Hyacinthe en aménagement paysager, Jean-Philippe est revenu et s’est retrouvé à la tête de l’entreprise à partir de 2015. En prévision de la visite des ambassadrices, il a ressorti une photo des tout débuts de l’entreprise. Il a expliqué les différentes phases de développement jusqu’à aujourd’hui. On a pu voir que les Jardins Fleuris actuels étaient presque quatre fois plus gros que ce qu’ils étaient à leur ouverture, avec 28 000 pieds carrés de serres et les 13 employés qui font partie de l’organisation. Une jardinerie de 5000 pieds carrés s’est aussi ajoutée, à Pabos 

La dernière année a été très occupée : l’été passé, les gens ont développé un engouement très fort pour les potagers alors que cette année, ce sont les arbres fruitiers qui ont la cote. Les clients sont passés plus tôt pour lancer leurs projets.

Mélanie et Stéphanie ont pu apprécier les différentes variétés de fleurs en marchant dans les serres. Mélanie était aux anges : « Les fleurs, ça me rend tellement heureuse. Chaque printemps, nous allons au Jardin botanique pour refaire le plein », a-t-elle mentionné. Pour sa part, Stéphanie a demandé des conseils pour semer des fleurs sauvages sur son terrain.

Les 45 000 annuelles, 9 000 caissettes et 7800 vivaces viennent toutes des semis qui sont plantés à la fin mars sur place. Et le centre jardin génère peu de pertes. Le jeune papa de quatre enfants a expliqué que tout venait d’une bonne planification. Il a ajouté que, pour la période de juillet à avril, il avait de la place dans ses serres pour accueillir un autre projet comme le lieu est beaucoup moins occupé pendant cette période. C’est pour cette raison qu’il a fait une place à la nouvelle entreprise d’Audrée, une de ses employées, la Réserve Végétale.

La Réserve Végétale

La Réserve Végétale, c’est donc le projet d’Audrée Dufour. Elle travaille aux Jardins Fleuris, mais elle a aussi réussi à convaincre Jean-Philippe de lui louer un espace pour lancer son projet de pousses. Encore une fois, on a été témoins d’une collaboration étroite entre producteurs, un bel exemple d’intrapreneuriat. Et on a été accueillis avec des produits frais et pleins de saveurs. Mélanie et Stéphanie ne se sont pas fait prier pour goûter le mélange de pousses qu’Audrée avait préparé. Tout le monde y allait de sa suggestion d’utilisation, smoothie, salade, touche décorative de plats, etc. La valeur nutritive des pousses serait plus grande que le légume à maturité et elles représentent un bel ajout de nutriments à une assiette !

La diplômée en agronomie a raconté qu’elle a commencé à produire seulement depuis mars 2021, mais elle approche la pleine capacité puisqu’elle est la seule main-d’œuvre de l’entreprise pour le moment. La demande est toujours croissante, entre autres auprès des restaurateurs du coin. Audrée cultive des micropousses de chou rouge, de moutarde, de radis, de roquette et de brocoli ainsi que des pousses de pois et de tournesol, toutes à partir de semences biologiques. Tout le monde a été surpris d’apprendre qu’à l’heure actuelle la culture durait de sept à 10 jours. La prochaine étape pour Audrée, c’est de produire à l’année.

La visite tire à sa fin. Les sœurs Boulay n’ont eu que des coups de cœur tout au long de la journée. Elles ont été impressionnées par la beauté et la qualité des installations de Côté Sucré, où tout est pensé, organisé au quart de tour. Le charisme et l’humanité de Lorenzo et Bertrand, ainsi que la philosophie et le partage qui émanent du partenariat entre les deux hommes, visiblement complices, a inspiré nos ambassadrices. Elles ont aussi adoré le fait que Jean-Philippe ait poursuivi une tradition familiale avec son centre jardin, qu’il ait poursuivi ce que ses parents avaient commencé. 

Stéphanie et Mélanie ont résumé ainsi leur expérience : « les gens rencontrés ont une passion et l’ont bien communiquée. Ça donne le goût de jardiner, ça donne le goût de consommer local et ça donne aussi le goût de revenir les visiter ! ». En bonus, elles repartent avec des apprentissages pour la maison.

Pour Stéphanie, cette journée fait écho à ses projets commencés il y a un peu plus d’un an. Elle a souligné l’importance de devenir des consommateurs responsables et de chercher à comprendre ce que l’on achète. Elle a ajouté : « il y a quelque chose qui se passe en ce moment, un mouvement est vraiment en train de se dessiner. Rencontrer les gens qui produisent nos aliments, ça donne encore plus de sens. On est en train de rallier la connaissance et le ressenti ».

Une prochaine destination sera annoncée sous peu et nous vous ferons découvrir d’autres producteurs passionnés. On s’attend aussi à vivre d’autres coups de foudre. C’est à suivre !

UPA et Tastet

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