Le Relais des Florent : l’hospitalité charlevoixienne trouve enfin sa table
Le Relais des Florent
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100 Ch du Migneron Baie-Saint-Paul G3Z 0L3
+1 418-435-5692 -
Lundi: Fermé
Mardi: Fermé
Mercredi: 5:00 PM – 9:00 PM
Jeudi: 5:00 PM – 9:00 PM
Vendredi: 5:00 PM – 9:00 PM
Samedi: 5:00 PM – 9:00 PM
Dimanche: Fermé
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- Restaurant
Ils viennent de New York, de Montréal, du Pied de Cochon, de Cuisine Libre, de Long Island City, de Baie-Saint-Paul. Ils ont tous un bagage différent, une cuisine différente, un parcours différent. Ce qui les a réunis à Baie-Saint-Paul, c’est quelque chose de simple : le désir sincère de recevoir, de faire plaisir, de mettre les gens à table et de prendre soin d’eux. Le Relais des Florent, ouvert le 4 juin 2026, est un restaurant d’hospitalité québécoise remarquable.
Pourquoi Le Relais des Florent
Le nom vient de la montagne des Florents, celle qui se dresse juste derrière le restaurant. Mais il y a quelques jours, dans le stationnement, sous le soleil de juin, la famille a croisé le mononcle Marc, l’aîné, qui leur a raconté l’histoire de Florent Côté. Ce cultivateur de la région avait, bien avant que la plomberie intérieure ne soit chose courante, irrigué depuis cette montagne jusqu’à sa ferme en tuyaux de cèdre raboutés sous la terre. Une des premières fermes de la région à avoir l’eau courante: la montagne abreuvait la ferme. Le restaurant prend le relais.
Et le mot « relais » porte beaucoup plus qu’une référence géographique. C’est un point d’arrêt sur le territoire, un endroit où les routes se croisent, où on accueille autant le visiteur de passage que le voisin du coin. C’est une passation entre le chapitre de M.Wells à New York et celui-ci, entre Cuisine Libre et cette cuisine-là, entre les générations de la famille Migneron qui fait du fromage sur ce territoire depuis 1994. C’est une vitrine pour les producteurs de Charlevoix, pour la vigne québécoise, pour les fromages de la région. « Dans le mot relais, il y a le relais entrepreneurial, le relais entre les générations », dit Madeleine. Ils avaient trouvé le mot avant de comprendre tout ce qu’il voudrait dire pour ce projet.
Pourquoi Baie-Saint-Paul
Parce que, comme le dit Hugue Dufour en riant, « entre New York et Baie-Saint-Paul, c’est presque pareil. » (rires) Ça surprend, mais ça fait du sens. La famille Migneron de Charlevoix est ici depuis 1994, 32 ans à faire du fromage d’exception sur ce territoire. Hugue a été charmé par leur franc-parler, leur générosité, leur joie de vivre, et il est finalement revenu un peu à la maison en août 2025. Clément Boivin, lui, a déposé ses choses en avril 2026. La rencontre entre les Dufour et la famille Migneron remonte au Festival Amour, Cuisine, Cinéma et Confidences. « On s’était donné un petit coup de pied dans le cul. La vie nous en a donné un », dit Hugue. Tout le monde avait besoin de tout le monde, et ils ont fini par se trouver.
Qui sont-ils
Le Relais des Florent est un projet de famille, au sens large. La famille Migneron de Charlevoix, avec Madeleine Dufour et Alexandre Dufour en tête, porte l’ancrage territorial. En cuisine, ce que l’équipe appelle elle-même un « dragon à deux têtes » : Hugue Dufour et Clément Boivin. Hugue est le premier chef québécois à avoir décroché une étoile Michelin à New York avec M.Wells, restaurant devenu destination gastronomique internationale. Clément est passé par Cuisine Libre et par plusieurs saisons à La Cabane d’À Côté. Deux univers, une seule direction. Sasha Royle complète la brigade comme sous-chef.
En salle, Sarah Obraitis et Madeleine Dufour portent l’hospitalité du lieu avec une générosité qui se sent dès qu’on franchit la porte. Dennis Au vin, Anaïs Lebrun est sur le plancher, entourée des conseils de Steve Beauséjour et Catherine Fabi. L’équipe de service et de cuisine, composée de Malik Côté, Corinne Tremblay, Odrey-Ann Lacasse et André Sansregret, complète ce que Madeleine appelle « une maison à bras ouverts. »
Le menu au Relais des Florent
La carte du Relais des Florent est une carte de générosité. C’est un heureux mélange de joie de vivre québécoise qui a voyagé et qui travaille le local, du comfort food ancré dans le terroir de Charlevoix, porté par deux chefs qui ont cuisiné partout et qui ont tout ramené ici.
La truite au bleu s’impose : « C’est un plat qui m’a toujours ému, qui est toujours resté », dit Hugue. Autour de ce classique technique, toute une logistique de bassins est en train de s’organiser. Le canard de la Ferme Basque est là. L’agneau de Charlevoix gravite autour, selon les abattages. Et quand le capelan roule, la carte change : l’équipe en a acheté une belle quantité lors de la dernière montée, en un clin d’oeil à la pêche ancestrale à la fascine. « C’est d’avoir des marqueurs de temps comme ça qui font un clin d’œil de nostalgie aux racines charlevoisiennes », explique Madeleine.
Un coup d’oeil au menu suffit pour comprendre où on est : salade de champignons et jambon, soupe de cresson et cuisses de grenouilles, homard de Sept-Îles en entrée. En plats, une empilade de côtelette grillée au beurre d’anchois, un flétan de la Côte-Nord, une caille schnitzel à la crème moutardée aux fines herbes. En dessert, le Secret de Maurice, langue de boeuf grillée et salsa d’ananas, ou la tarte aux pacanes au Ciel de Charlevoix pour deux. Un menu simple, savoureux et bien exécuté.
Les fromages du Migneron saupoudrent d’amour chaque repas. La carte évolue, toujours un peu, sans jamais rompre avec l’ancrage local. « Un peu, toujours », dit Madeleine en souriant. Côté boissons, la philosophie est posée clairement : une curation de spiritueux québécois et internationaux pour l’instant, avec l’ambition d’imposer les vins du Québec en pôles lyonnais, des fillettes, des formats du quotidien.
Le décor
Simple au premier abord, mais complexe et artiste quand on regarde bien. Marie-Claude Tessier, de Derrière le Crayon, a signé le design intérieur. Jean-François Lettre a construit le bar principal en chêne rouge massif du Québec, pièce maîtresse de la salle. L’artiste américaine Michelle Marchesseault a installé une table de billard qui est aussi une œuvre d’art. Partout dans la salle, des objets et des meubles rescapés de M.Wells à New York. « Les gens qui sont allés chez M.Wells et qui viennent ici comprennent. Ils voient le petit lien », dit Madeleine. Les autres sentiront simplement que cet endroit a une histoire, sans savoir exactement laquelle. L’identité visuelle du lieu a été confiée à Corinne Danzé Pagé. Un cabinet de curiosités chaleureux, sans prétention, cohérent. L’espace de 42 places assises est un petit cocon. On dirait que Le Relais des Florent est là depuis longtemps.
Ce qui les touche le plus
« À chaque semaine, il y a des choses qui peuvent nous émouvoir », dit Hugue. Il parle d’une équipe comme il n’en avait pas vu depuis longtemps, des gens qui se challengent mutuellement, qui s’intéressent, qui fouettent leurs propres patrons. La communauté de Baie-Saint-Paul ouvre les bras, les fournisseurs embarquent, les visiteurs arrivent avec des attentes et repartent avec quelque chose qu’ils n’attendaient pas. Madeleine, elle, le dit simplement : « On a l’impression que les murs sont trop petits pour tout l’amour que ça va loger. »
L’endroit a l’air d’avoir toujours été là. C’est exactement l’hospitalité des Dufour avec la cuisine d’Hugue et Clément. Madeleine l’a dit mieux que quiconque : « Tout est dans tout. » Assis à table au Relais des Florent, on le comprend.
Écrit par Élise Tastet
Photographié par Couverture : Eva Maude TC