Routy, là où Boxermans se réinvente

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Si vous étiez un fidèle du regretté Boxermans de l’avenue Van Horne, dont la cuisine vous avait conquis, vous allez être séduit par le tout nouveau Routy, qui a pris vie dans ces mêmes murs chargés de souvenirs.

Un décor chaleureux, signé avec soin

Les propriétaires, Éric Berlin et le chef Grégoire Routy (d’où le nom du restaurant), ont revu le décor avec un goût sûr et un vrai sens de l’élégance. Le résultat est chaleureux, raffiné, accueillant. Le bois y règne en maître, les tables sont joliment nappées, et les murs s’ornent de photographies en noir et blanc – des portraits de famille du chef, captés au siècle dernier – qui confèrent à l’ensemble une âme toute particulière. La lumière est tamisée, le fond sonore discret. Au centre de la salle, un joli meuble met en valeur les verres dans lesquels seront servis les beaux crus de la carte. Le comptoir, qui peut accueillir quatre convives, ainsi que ce meuble central, sont l’œuvre de George Papas, ébéniste esthète dont vous ne manquerez pas d’apprécier le savoir-faire.

Une carte courte, mais vraiment séduisante, et des vins superbes

Le chef Grégoire Routy et sa brigade proposent une cuisine digne des meilleures tables. La carte, courte et bien construite, regorge de belles propositions et met l’eau à la bouche dès la première lecture. Cinq entrées, quatre plats principaux, trois desserts – la concision même – suffisent à témoigner du sérieux de la maison. Comme tout est tentant, le choix s’avère délicieusement difficile.

On trouve dans les assiettes du chef des traces de ses expériences passées ; plusieurs étoilés Michelin en France et en Angleterre ainsi que chez Raele à Copenhague. Des premiers on sent un héritage en matière de créativité et d’une certaine insolence cilinaire, du danois, il retient « le minimalisme dans l’assiette et dans le design et en plus le fait que les cuisiniers sortaient toujours en salle ».

Du côté des bouteilles, Routy a monté une carte qui s’harmonise parfaitement avec la cuisine du chef. Une longue liste de rouges, quelques bulles, quelques rosés et un choix éclairé de blancs. Par exemple dans les rouges, un Clos Marie Pic Saint-Loup 2023 plein des parfums de la garrigue languedocienne et offert à un prix très raisonnable pour cette qualité.

Les premières bouchées donnent le ton

Le soir de notre visite, l’attente fut adoucie par quelques tranches de pain au levain signé Automne, dont on ne présente plus le talent. Accompagné d’un beurre fumé absolument irrésistible – au point de vouloir en redemander -, ce simple prologue donnait déjà le ton de la soirée. Le chef passe ensuite en salle déposer de savoureux amuse-bouches : de petits roulés façon pissaladière, tout en finesse, où se devinent des notes d’oignon, d’olive et d’anchois.

Les plats : entre maîtrise et générosité

Parmi les temps forts de la carte : en entrées, des asperges au pollen de miel et noisettes, un crudo de pétoncles de Terre-Neuve à la bergamote et à la menthe couronnés de radis en très fines lamelles et en plats principaux un généreux morceau de dorade, poêlée à la perfection – un plat qui, à lui seul, justifiait le déplacement. La truite, quant à elle, aurait pu sembler trop discrète servie seule, mais mariée à des carottes, une pointe de safran et des biquinhos – ces petits piments brésiliens d’une grande douceur -, elle composait un plat principal des plus savoureux.

Les desserts : une finale à la hauteur

Un sorbet soyeux framboise-rhubarbe, orné de fins rubans de rhubarbe et relevé de brins de tagette, cette herbe aromatique fascinante qui élève tout dessert aux portes du septième ciel. Les amateurs de chocolat noir, eux, se laisseront volontiers emporter par le « Chaud/Froid » imaginé par le chef – une alliance audacieuse du chocolat et des herbes de Provence qui tient de la pure gourmandise.

En conclusion

Routy s’impose d’emblée comme l’une des bonnes adresses de la saison à Montréal. On y vient une première fois pour la cuisine, on y revient pour tout le reste – l’accueil, l’atmosphère, le service tout en délicatesse et en précision, ce sentiment rare d’être exactement là où il faut être. Une table à inscrire sans tarder dans vos favoris.

 


Photographié par Alison Slattery





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