Mitch et Boom : le duo derrière le phénomène MangeDansMonHood

Mitch et Boom

Sur Jean-Talon Est, la file part de la porte du semi-sous-sol et se rend jusqu’au coin de la rue. Des gens attendent une heure. Parfois deux. Au bout de l’attente : un smashburger. « Le monde s’attend à prendre une bouchée puis à faire un backflip », lâche Michel Lim, mi-amusé, mi-découragé. « Ça reste un cheeseburger… » dit-il humblement. Chez Tastet, on a (très) souvent mangé chez MangeDansMonHood. Permettez-nous de vous dire que nos papilles gustatives font réellement des backflips quand on mange un smash là-bas (!). Voici l’histoire du duo à qui on doit les meilleurs burgers à Montréal, et une autre adresse qu’on adore : La Belle Tonki.

Ils sont deux, et ils s’appellent tous les deux Michel (le destin!). Michel Lim, c’est Boom. Michel Nguyen, c’est Mitch. Ils se sont rencontrés à 15 ans à travers des amis MSN qu’ils n’avaient jamais vus de leur vie, à l’époque où on se faisait des amis comme ça. Boom faisait déjà du breakdance. Mitch a appris de lui, puis a lâché la danse pour la musculation, convaincu que ça allait mieux marcher avec les filles. « Je me suis trompé. J’aurais dû rester en danse. » dit-il en riant.

Trente ans plus tard, Mitch et Boom sont partenaires d’affaires et ils vendent jusqu’à 2,2 burgers à la minute dans un local minuscule qu’ils avaient conçu pour être tranquilles.

Boom : de la scène à la plaque

Avant d’être cuisinier, Michel Lim était danseur professionnel. La danse l’a fait voyager, et partout quelqu’un le prenait par le bras pour l’amener manger dans son coin à lui. La cuisine, elle, n’était qu’une job pour get by. Son premier poste, au Tampopo sur Mont-Royal, a tout fait basculer. « Quand j’allais travailler, je ne sentais pas que j’allais travailler. » Lui qui avait toujours été distrait à l’école venait de trouver le seul endroit qui ne lui laissait pas le choix d’être présent. « C’était le seul endroit où j’avais l’impression de ne jamais m’ennuyer. »

Après une tournée avec sa compagnie de danse, il s’inscrit à l’ITHQ. Refusé, pas assez d’heures en cuisine au compteur. Il aboutit dans la première cohorte de la toute nouvelle École hôtelière de Montréal. Ce qu’il en retient n’est pas une technique, c’est un vocabulaire. « Tu prends un morceau de viande, tu le mets sur une surface très chaude, tu veux créer une croûte. Il y a un mot pour ça : saisir. » Et là, le danseur reprend le dessus. « Dans la danse aussi, il y a des fondations. Tu reconnais que ça, c’est du popping, ça, c’est du locking. C’est la même chose pour la cuisine. »

C’est aussi à l’école qu’il comprend, avec quelques décennies de retard, que sa mère est une cuisinière remarquable. « Les plats de maman, c’était incomparable. » Le fin mot de l’histoire, il ne l’a eu qu’adulte : le père de sa mère faisait les banquets de tous les mariages du village. « Si j’avais su ça quand j’étais jeune, j’aurais peut-être fait ce choix-là plus tôt. »

Mitch : le fils de la Belle Tonki

La mère de Michel Nguyen a tenté quatre fois de quitter le Vietnam en bateau avant d’atteindre la Malaisie, puis de se faire parrainer jusqu’au Canada. Elle voulait être son propre boss, et elle l’est devenue. C’est aussi une femme forte, spontanée, qui n’écoute personne. « Elle aime faire à sa tête. Mais c’est admirable. »

Grandir là-dedans lui a donné une seule envie. « Je voulais juste la paix. Je voulais un 9 à 5. Tout ce que je voulais, c’est que le monde soit heureux autour de moi. » Il devient CPA, auditeur, et fait les impôts de son ami Boom.

En 2017, le resto de sa mère coule. Tout le monde part, elle cuisine et sert en même temps. Son plan était un plan de comptable : redresser la business et la revendre. Il a même payé de la pub Facebook pour supplier les gens de venir manger. C’est ce post-là qui a fait apparaître Boom, qui venait de quitter sa job. « Je suis libre en ce moment. J’ai besoin d’un espace pour faire mes pop-up, comme un lab. »

Ils ont présenté un menu à la mère de Mitch, assis à la table ronde qui trônait là dans le temps. « Moi, un vrai gestionnaire. Lui, un vrai cuisinier. » Et elle a dit, comme ça, spontanément : pourquoi tu ne reprends pas la business avec ton ami? 

Ce qu’ils ont brisé pour devenir eux-mêmes

Le premier vrai déclic n’a pas été un plat. C’est le jour où ils ont admis qu’ils n’aimaient pas ce qu’ils faisaient. La musique traditionnelle et mélancolique dans la salle. La bouffe authentique servie telle quelle, sans leur propre touche. « On est des enfants d’immigrants. On ne fera jamais la même cuisine que ceux au pays. Pourquoi compétitionner contre eux autres? On va juste faire ce qui nous représente. Être montréalais. » La Belle Tonki est née de ce refus-là.

Bien qu’aujourd’hui le duo soit plus fort que jamais, la route ne fût pas sans embûches. En 2019, leur complicité à été mise à l’épreuve. « Comme amis, on s’entendait super bien. Comme partenaires, c’était la catastrophe. » Et pendant ce temps, ils ne se payaient pas. Pas un sou. « Je suis passé d’un excellent salaire à zéro. J’avais une femme qui me supportait. » Boom, lui, était au début de la trentaine, sans revenu, logé au-dessus de chez ses parents pour presque rien. Ils ont tout sacrifié.

Ce qui a sauvé Mitch et Boom, c’est une conversation. « On a pris du recul. On capotait pour rien. » Depuis, ils se disent les vraies affaires. « Je préfère butt heads avec Michel que d’avoir quelqu’un qui ne me dit jamais rien. C’est ma deuxième wifey. » Boom pose ça plus calmement. « Le fait qu’on soit souvent en désaccord, c’est ça notre force. Ça nous fait questionner tout le temps ce qu’on peut faire de mieux. »

Le casse-croûte qui devait leur donner la paix

La pandémie leur a montré une chose : les nappes blanches souffraient, mais les casse-croûte tenaient. Trois ou quatre employés, un menu minuscule, personne à former. « On n’est pas si bons que ça à gérer des restos », dit Mitch, sans ironie. « Ma vie est une série d’accidents. »

Le burger n’était pas une évidence, tout le monde en faisait déjà. La règle a tranché : « Tant qu’à faire quelque chose, on doit le faire vraiment bien, même si c’est simple. » Boom a donc passé la pandémie à moudre, avec un KitchenAid qu’il a fini par tuer à la tâche. Il est monté jusqu’au wagyu, puis s’est posé la vraie question : est-ce que cette galette-là est meilleure que celle qui coûte le cinquième du prix? La réponse a réglé le concept. « Ça reste un burger. Le monde ne paiera pas 20 $ pour un burger. »

Reste que la simplicité, chez lui, se travaille. Le chuck pour la balance de gras, mais un goût monotone. La poitrine, plus ferreuse, avec une pointe d’acidité. Les short ribs pour le bœuf. Il assemble. « Tu ne vas pas jusque-là pour des burgers. Moi, je l’ai fait. » 

Cinquième au monde, sans avoir levé la main

Le 27 mai 2026, Time Out publiait son classement des 14 meilleurs burgers de la planète. Cinquième position, entre des adresses de grandes capitales : le Happy Ending du Casse-Croûte MangeDansMonHood, Montréal.

L’ironie résume tout le projet. Le Happy Ending n’est même pas au menu. Time Out l’a décrit comme la commande secrète d’une place qui ne fait que deux burgers et qui les fait très bien. Deux burgers. C’était ça, le plan. Rester assez petit pour ne jamais avoir à se casser la tête.

Ce que les deux Michel n’ont pas vu venir, c’est ce qu’un classement fait à un trottoir. « Avec l’article Time Out, ça a comme triplé », raconte Boom. Puis un vidéaste très suivi est passé filmer, et ça a quadruplé. « C’est fou. Les gens attendent des heures. »

Mitch et Boom apprennent encore à jongler avec ces éloges et ce que ça implique. Un classement mondial, ça ne vend pas un burger, ça vend une promesse. Plus l’attente est longue, plus la promesse enfle, et plus la première bouchée a du travail à faire. Il ne veut pas qu’on arrive au comptoir en s’attendant à un miracle, juste à un bon burger. 

Une nouvelle normale

Le petit hidden gem qu’on adorait chez Tastet n’est plus vraiment un secret, mais on l’aime toujours autant. Depuis mai, les gars travaillent fort pour s’adapter à leur nouvelle réalité, parce que la popularité, le hype, ne descend pas.

Mitch appelle ça un devoir montréalais. Nourrir plus de monde, et faire de sa ville un endroit où on mange bien, oui, mais surtout un endroit chaleureux et mélangé, à son image. Mitch et Boom n’ont jamais prétendu avoir inventé quoi que ce soit. Ils sont juste deux gars qui aiment bien faire les choses, et qui veulent rendre honneur à Montréal.

Bravo, Mitch et Boom!


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