Café Polonez : l’institution polonaise de 45 ans sur Roncesvalles

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Il y a les restaurants qu’on visite une fois. Et puis il y a ceux qu’on fréquente toute sa vie, ceux où nos parents nous emmenaient, et où on emmènera un jour nos propres enfants. Le Café Polonez fait partie de la seconde catégorie. Depuis 45 ans, cette institution de l’avenue Roncesvalles sert une cuisine polonaise familiale à Toronto, et quelque part en chemin, elle a cessé d’être un simple restaurant pour devenir une pièce maîtresse du quartier.

Une histoire de famille qui commence en 1981

L’histoire débute avec Zygmunt et Irena Zychla, immigrés à Toronto depuis la Pologne au début des années 1980. Irena décroche son premier emploi dans la cuisine d’un café polonais déjà établi sur Roncesvalles. Lorsque la propriétaire mentionne qu’elle est prête à vendre, Zygmunt et Irena y voient une occasion. Ils avaient vendu leur commerce en Pologne et apporté leurs économies avec eux. Ils investissent tout dans le café, gardent le nom, et entament le chapitre suivant.

C’était en 1981. Le flambeau a été transmis à leur fille, Sofia Jedynak, présente au Café Polonez depuis les tout débuts, qui dirige aujourd’hui l’opération. La troisième génération l’a rejointe : le fils de Sofia, Patrick Front, et sa sœur sont copropriétaires aux côtés de leur mère. C’est une affaire de famille au sens le plus pur : trois générations d’une même famille polonaise gardent un seul café de Roncesvalles vivant depuis près de 45 ans.

Le quartier autour d’eux a changé. Roncesvalles était autrefois le cœur de la communauté polonaise de Toronto, et bien que la plupart des familles d’origine soient parties en banlieue et que la majorité des commerces polonais aient fermé, le Café Polonez, lui, reste. C’est toujours ici que les familles polonaises viennent célébrer baptêmes, premières communions et même mariages. C’est aussi, comme le raconte Patrick, l’endroit où des habitués qui sont entrés enfants amènent maintenant leurs propres enfants. Voir ce cycle se répéter, c’est en partie ce qui les fait tenir.

Cosy plutôt que conçu

Le Café Polonez ne fait pas dans le moodboard ni dans la déclaration esthétique. La salle est chaleureuse et habitée, le genre d’espace dont la mission est de vous faire asseoir, de bien vous nourrir, et de vous laisser rester aussi longtemps que vous le voulez. Cosy, c’est le mot que Patrick emploie, et il convient.

La clientèle reflète ce que Toronto est devenue. Un après-midi quelconque, vous pourriez croiser une grand-mère polonaise terminant tranquillement son bol de soupe à une table, et un groupe de touristes japonais s’attaquant à des pierogis à la table d’à côté. Ce mélange n’existait pas quand les Zychla ont ouvert. C’est aujourd’hui une fierté : voir la ville en venir à partager quelque chose qui avait commencé comme un morceau de chez-soi pour une seule communauté.

Que commander ?

La cuisine repose sur la tradition familiale polonaise, et presque tout est fait maison. La famille pousse toujours les soupes en premier, et pour cause. Il y a une liste quotidienne, plus des soupes polonaises saisonnières qui n’apparaissent traditionnellement qu’une fois par année, pour Noël ou Pâques. Ici, on peut en commander n’importe quel jour. C’est tout l’intérêt. Le réconfort, sur demande.

Les pierogis sont faits frais chaque jour, et constituent une raison fiable de revenir. Pareil pour le schnitzel, doré et généreux, le genre d’assiette qui n’a pas besoin d’être expliquée.

Le plat le plus commandé n’est pourtant pas l’élément le plus évidemment polonais du menu. C’est la crêpe de pommes de terre à la hongroise, large, croustillante, repliée autour d’un riche goulasch de bœuf. Ça ressemble à du comfort food et ça se mange comme tel. Portion généreuse, saveur profonde, le genre de plat qu’on redemande encore et encore une fois qu’on y a goûté.

D’une façon générale, les portions sont généreuses. On quitte le Café Polonez rassasié, et c’est précisément le contrat.

Bière polonaise, vodka polonaise, âme polonaise

La carte des boissons est construite autour de la Pologne. On y trouve une solide sélection de bières polonaises, une petite carte des vins, et un éventail réfléchi de vodkas et spiritueux polonais. Ce n’est pas une destination cocktail, et ce n’est pas la prétention de la maison. Ce que vous y trouverez, c’est plutôt une bière ou un verre de vodka qui colle au plat et à l’ambiance.

Ce dont ils sont les plus fiers

Demandez à Patrick de quoi il est fier, et il ne parlera pas de prix ni de coupures de presse. Il parlera de constance. Il parlera des habitués qui fréquentent l’endroit depuis 30 ans. Il parlera de voir des enfants grandir dans la salle à manger, puis y revenir comme parents à leur tour. Ils ne courent pas après les projecteurs. Ils ne l’ont jamais fait.

C’est cette qualité tranquille qui rend le Café Polonez différent de presque tous les autres restaurants de la ville. Il n’est pas bâti autour de la carrière d’un chef, d’un concept ou d’un moment de la culture gastronomique. Il est bâti autour des gens qui se présentent, semaine après semaine, décennie après décennie.

Si vous n’y êtes jamais allé, vous vous devez une visite. Si vous y êtes déjà allé, vous savez déjà.


Photographié par Scott Usheroff (Craving Curator)





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