Gitanes : une gastronomie honnête à Ottawa

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Certains restaurants méritent le mot « gastronomie » à coups de nappes blanches et de voix feutrées. À Ottawa, Gitanes l’a mérité en nourrissant bien les gens et en traitant l’hospitalité comme un instinct plutôt qu’un scénario. Nader Salib et Jesse Alberto ont ouvert Gitanes en octobre 2019, avec le chef Mitch Lacombe au passe-plats depuis le premier jour, et la majeure partie de cette petite équipe fondatrice est toujours là. « Ça en dit long sur la passion derrière ce restaurant », dit Salib.

Montréal plus que Paris

Né en Égypte, Salib a grandi dans une maison où la plupart des conversations tournaient autour du prochain repas et il est tombé amoureux des restaurants pendant ses années d’université à Montréal. De retour à Ottawa, il est passé par l’école de cuisine pour apprendre le langage des cuisines, puis a ouvert un bar à cocktails avant Gitanes. Alberto, coiffeur de métier doté d’un œil aiguisé pour le design, a construit la salle avec son frère dans un bâtiment plus que centenaire. Elle semble habitée, mais soignée. « Je pense davantage Montréal et canadien-français que bistro parisien », dit Salib à propos de la cuisine, avec la technique française classique sous-jacente, gracieuseté de Mitch Lacombe.

Construit autour de la bête entière

S’il demeure un restaurant français dans l’âme, la boucherie de bête entière oriente maintenant une partie de l’inspiration chez Gitanes. L’équipe achetait des porcs et des agneaux entiers, discrètement, dans les premiers temps ; elle y est revenue avec intention après la pause pandémique. Le reste du menu évolue au fil des saisons et s’intègre aussi près que possible. Même le burger, pilier de la carte, doit sa place au processus : un ami qui tient une boucherie fait vieillir à sec les pièces choisies, et la cuisine les hache sur place.

Un menu dégustation existe depuis l’ouverture, parce qu’il permet aux convives de vivre le restaurant comme l’équipe l’entend. On peut même prendre son repas à une table directement au passe, en cuisine, où le menu dégustation du chef se sert à la façon familiale, plusieurs plats par service, presque toute la carte plus quelques spéciaux. « Je serais mortifié que quelqu’un quitte mon restaurant en ayant encore faim », dit Salib.

Dans les premières années, Salib gardait sa propre histoire hors de l’assiette pour garder le concept clair. La confiance lui a fait une place. « Il y a un peu d’influence égyptienne qui se fraie un chemin jusqu’au menu », dit-il, en s’empressant d’ajouter que Gitanes n’est pas en train de devenir un restaurant égyptien. Bête entière, abats, conservation, marinades : le chevauchement est naturel. Même le nom, une vieille marque de cigarettes françaises que chaque oncle en Égypte semblait fumer, se trouve à ce même croisement.

Le vin tout au long du parcours

Bernard Lemoyne, arrivé d’Atelier il y a un an et demi, tient une carte des vins qui penche vers le vieux monde et les chemins de traverse : des producteurs éthiques, nature et biologiques, y compris canadiens, avec l’accent nature d’Amanda Klein Gunnewiek, qui a ouvert le restaurant avec eux et est depuis passée à autre chose, toujours dans son ADN. Le gérant du bar Cory Contini, autre membre de la première heure, garde les cocktails en territoire d’apéritif, classiques et de saison, pour que le vin porte le repas.

Sept ans plus tard, Gitanes est un pilier de la gastronomie d’Ottawa, sans une once de raideur. Une cuisine réfléchie, intentionnelle, honnête, comme le dit Salib, et jamais théâtrale. Entrez, détendez-vous, et laissez-les vous servir.


Photographié par Kyra Meisenheimer





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