Légende : l’adresse étoilée du Vieux-Québec par Tanière

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La salle est toute blanche, et pourtant rien n’y est froid. Sur la rue Saint-Paul, derrière une façade discrète du Vieux-Port de Québec, Légende porte depuis le premier guide Michelin québécois une étoile qui n’a rien changé à ses manières : ici, on vous reçoit comme il se doit, sans être trop guindé. Le temps d’un menu découverte, la maison du Groupe La Tanière transforme un souper en parenthèse, de celles dont on reparle encore des semaines plus tard.

Tout part d’une ferme du rang Saint-Ange, dans les années 70. L’oncle de Karen Therrien y élevait des gibiers avec une conviction encore marginale à l’époque : la viande sauvage et les produits du Québec méritaient les grandes tables. La Tanière est née de ce pari, avant de devenir une référence gastronomique de la capitale. Légende a suivi en mai 2014, dans le Vieux-Port. Elliot Beaudoin y est entré à 18 ans, simple cuisinier, le soir de l’ouverture ou presque; douze ans plus tard, le voilà chef et copropriétaire, aux côtés de Karen et de Frédéric Laplante, copropriétaires du Groupe La Tanière. Sa définition du lieu tient en un mot, « l’entre-deux » : Tanière³ offre une immersion historique de 15 à 20 services, tandis que Légende préfère « le bon souper, sept services décontractés, mais un peu plus contemporains ». Jaser, bien manger, prendre son temps. Ou pas.

Se laisser guider le temps d’une soirée

Elliot résume sa philosophie sans détour : « Dans la vie de tous les jours, tout le monde prend toujours des décisions. Chez Légende, pour une fois, tu peux ne pas en prendre. Tu viens au restaurant, tu te laisses gâter. » Aucun menu à décortiquer, aucun choix à regretter. Les assiettes se succèdent comme les mouvements d’une partition, et les restrictions ne compliquent rien : végane, végétarienne, pescatérienne, sans gluten ou sans lactose, chaque variante est prévue, orchestrée en coulisses. Un spectacle après le souper? Prévenez la brigade, le menu se déroule en 1h30 chrono. L’équipe s’adapte selon la soirée dont vous avez envie.

Poissons de l’estuaire, viandes des forêts, plantes cueillies par des artisans comme Fabien Girard, légumes des Jardins d’Inverness : le garde-manger de Légende ressemble à une carte du Québec sauvage. Selon la saison, le flétan de la Gaspésie arrive en escabèche sur un yogourt au sapin baumier, l’onglet de bison plonge dans un bouillon d’épices nordiques, le céleri-rave cuit en croûte de sel se pare d’algues fermentées. Derrière chaque ingrédient, un visage. « Chaque produit qu’on a sur le menu, on va visiter les fermes. », raconte le chef, qui travaille le plus possible en bio et refuse les additifs. « Je veux que ce soit aussi bon pour le corps qu’au goût. » Les curieux réservent la table du chef : de une à dix personnes, un service supplémentaire, aucune limite de temps, et les cuisiniers eux-mêmes qui déposent les assiettes.

L’une des plus belles salles de la ville

Le décor actuel a bien failli ne jamais exister. Après deux ans de plans qui dessinaient une salle noire, dans la lignée de Tanière³, Elliot a tout renversé à trois mois du chantier : « Je veux que le restaurant soit blanc. » Son raisonnement : « Quand l’assiette arrive, il y a tellement de couleurs que ton attention va vers l’assiette, pas vers le décor. » Résultat, une pièce épurée, d’inspiration nordique, où la nourriture tient le rôle principal du début à la fin. Difficile de trouver plus belle salle à manger à Québec en ce moment, selon nous!

Dix personnes pour veiller sur votre soirée

Oubliez le serveur qui fait tout : chez Légende, une dizaine de spécialistes gravitent autour de votre table, l’un pour l’eau, l’autre pour le vin, un troisième pour les cocktails. « C’est une équipe qui rend une soirée exceptionnelle, ce n’est pas un one-man show », insiste Elliot. L’étoile n’a pas raidi la maison pour autant : « On fait la même affaire qu’on fait depuis 10-12 ans. » La précision est là, jamais la froideur. Côté vins, Caroline Beaulieu, sommelière de la maison depuis une dizaine d’années, signe une carte vertigineuse, de 60 $ à 7 000 $ la bouteille, déclinée en accords régulier, prestige ou sans alcool. Les cocktails de Jean-François Laurence, eux, célèbrent les alcools québécois.

Rares sont les tables étoilées où l’on se sent aussi vite chez soi. Le souper terminé, une impression demeure, celle d’avoir traversé la forêt boréale sans quitter sa chaise, guidé par des gens qui aiment profondément ce qu’ils font. Gardez l’adresse pour une grande occasion (ou inventez-en une!). Bonne découverte!


Photographié par @photogauthier et Phil Martin





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