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La Spada: classiques italiens dans Saint-Henri

Quand un photographe (et grand passionné) de bouffe réputé et le chef d’une institution comme le Bistro Amerigo se rencontrent, on ne peut qu’espérer le mieux. Et c’est exactement ce que nous offre La Spada, nouvel italien au chic décor bigarré sur Notre-Dame Ouest, à Saint-Henri, là où logeait autrefois le resto végane Conceria.

Avant d’être photographe culinaire, Scott Usheroff, alias Craving Curator, a longtemps travaillé en cuisine. Malgré un détour de quelques années dans le monde de la tech, sa passion pour la cuisine ne l’a jamais quitté. Lorsqu’il a quitté son emploi pour se consacrer à la photographie de bouffe à temps plein, le timing semblait parfait. «Je me suis toujours senti chez moi dans les restaurants. C’était inévitable que je finisse par en ouvrir un», confie-t-il.

Quand Scott a rencontré le chef Steve Marcone par l’entremise de leurs actuels associés, il a tout de suite su qu’il avait trouvé la personne pour l’aider à concrétiser son projet. Si Steve est aux commandes de la cuisine, Scott apporte son oeil de photographe et une vision créative au menu, surtout lorsque vient le temps de monter les assiettes. Ce sont évidemment ses photos qui accompagnent cet article.

De l’Italie à Montréal

Même s’il a passé la majorité de sa vie à Montréal, Steve Marcone reste profondément enraciné en Italie. «Je me sens plus comme un Italien montréalais qu’un Montréalais italien», blague-t-il. Son père est originaire de Montecassino, près de Rome, et il a lui-même habité la Grande Botte quelques années au début de la vingtaine. Sa passion pour la cuisine Italienne – qu’il tient de son père, d’ailleurs – l’a mené à ouvrir le Garde-Manger Italien sur la rue Monkland, puis le Bistro Amerigo, adresse aujourd’hui incontournable du quartier Notre-Dame-de-Grâce. Avec La Spada, Steve souhaitait offrir une cuisine plus haut-de-gamme dans un décor « shabby chic », tout en restant le plus accessible possible. «Amerigo, c’est un restaurant de quartier, c’est plus familial. La Spada, c’est un restaurant où tu peux sortir ta blonde», résume-t-il. 

Banquettes en velours bleu, statues de marbre, nappes blanches et chandeliers rococo; imaginez le célèbre restaurant Carbone, à New York, redécoré par un amateur de street art et de photographie de rue, ça devrait vous donner une idée. Les murs du restaurants sont tapissés d’images trouvées, de souvenirs de famille, de photos noir et blanc capturées par Scott lors de voyages en Italie et autres portraits de joueurs de foot et de célébrités italiennes (il y a une photo de Sophia Lauren seins nus quelque part, on vous laisse la trouver). Une grande toile de l’artiste montréalais LeBicar, conçue spécialement pour le restaurant, surplombe la salle à manger, flanquée d’un plus discret Dan Climan. Joel Malkin, un autre artiste montréalais exilé à Toronto, a dessiné l’emblème du restaurant: un serpent enroulé sur une épée (« spada », en italien). L’original est aussi accroché à l’un des murs.

Près de l’entrée, dans la petite section que Steve appelle le « purgatoire », on pourra s’asseoir au bar où à une petite table pour prendre un negroni et une bouchée pour l’apéro. À l’arrière, près du deuxième bar et des cuisines, se trouve « la table du chef ». Quelques invités privilégiés pourront s’y laisser surprendre par les envies du chef et de son équipe, qui leur proposeront un menu sur mesure. 

Classiques romains

Au menu, justement, des grands classiques de la gastronomie romaine: ragu alla romana, cacio è pepe, carbonara et linguini alle vongole (vin blanc et palourdes), aubergine parmegiana, salade César, rapini poêlés, etc. En guise d’amuse-bouche (ou sfizi, petits plaisirs), de savoureuses polpettes et de très souples suppli (boulettes oblongues de riz et de fromage frites, croisement entre l’arancini et le «mozzarella stick»). 

«La plupart des recettes sont de Steve. Quelques-unes sont de moi et de ma femme, Thara», précise Scott. Le poulet paillard, une escalope panée surmontée d’arugula, tomate et burrata, en est une – et on comprend à la première bouchée pourquoi ils ont voulu la mettre à la carte du resto! 

On a particulièrement aimé les Tortellini en Brodo, petites pâtes farcie à la ricotta servis dans un bouillon, versé à la table par notre serveur. En primi, les Ravioli Francese, servis en feuille entière dans un beurre noisette à la sauge, avec purée de courge musquée et crumble d’amoretti (biscuit aux amandes), méritent aussi nos éloges. Le Vitello Saltimbucco (littéralement « veau saute dans la bouche »), une généreuse escalope de veau sur l’os enveloppée de prosciutto et nappée de beurre à la sauge, est déjà un incontournable. Des choix de poissons et de fruits de mer, comme les linguini à l’encre de seiche au homard et aux fruits de mer, la morue panée et le bar entier poêlé, sont aussi au menu. Au dessert, on ne pourrait passer à côté du décadent tiramisu, une recette particulièrement gourmande et savoureuse que Steve et Scott on peaufinée longuement.

En salle, on pourra compter sur les talents du maître d’hôtel Liam Painchaud (ex-Taverne Monkland et Nolan) et de son équipe pour nous traiter aux petits oignons. C’est le sommelier Jon Cicerone (alias Brommelier, de la Taverne sur le square), bon ami de Scott, qui a monté la carte des vins avec Steve, qui importe lui-même quelques petites cuvées de la région de Rome, des Pouilles et de l’Etna avec son agence Grappoli. Celle-ci comptera des flacons pour toutes les occasions et toutes les bourses. «On a des options très accessibles et des bouteilles pour ceux qui veulent dépenser un peu plus», indique Scott. En plus des classiques, le bar proposera quelques cocktails signature, dont un alléchant Peperoncini Martini, et une belle sélection d’aperitivo, limoncello et grappa.

Bref, La Spada ne réinvente pas la roue mais pourquoi se casser la tête quand les classiques sont si délicieux?

Bonne découverte!


Photographié par Scott Usheroff





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