Ferdi’s : la friterie suisse-anglaise qui conquiert The Junction

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Pour son tout premier samedi poisson-frites, Ferdi’s avait déjà une file avant même d’ouvrir. Pas une seule assiette n’était encore sortie de la cuisine : le bouche-à-oreille avait fait son travail en ligne, et les curieux se sont pointés tôt. « Je ne sais pas si c’est le charme de la ruelle, ou si les gens ont juste vraiment envie de bon fish and chips », lance Lauren Conover, qui mène cette petite friterie de Toronto avec son fiancé, Theophil Dalton-Maag.

Ferdi’s, comme le grand-père de Zurich

Le nom est un clin d’œil discret. Ferdi, c’est le diminutif de Ferdinand, le grand-père de Theo, qui vivait à Zurich et chez qui il passait tous ses étés, enfant. Ce fil suisse, mêlé au côté anglais de sa famille et à une enfance londonienne, traverse tout le menu proposé à Toronto. Quand Theo a quitté le service en salle il y a environ un an et demi pour voler de ses propres ailes, ce qui lui manquait le plus de la maison tenait en peu de mots : de bonnes saucisses. Alors il s’est mis à en faire.

Il a d’abord vendu ses saucisses en gros. Le premier resto à mordre à l’hameçon a été Gram’s Pizza, qui les a intégrées à ses pizzas. Tiny Market a suivi, en les glissant dans ses spéciaux de pâtes et en les vendant au comptoir réfrigéré. Theo, qui a cuisiné pendant des années sous la direction de David Mattachione, à sept minutes de marche de chez lui, s’est d’abord installé dans la cuisine de Dave, avant de vider le garage pour se monter une petite cuisine bien à lui. Lauren et lui se sont rencontrés en faisant du service au Mother Tongue; ensemble depuis trois ans, fiancés depuis le mois d’août dernier.

Chez Ferdi’s, poisson-frites le samedi, schnitzel le vendredi

Le menu assume pleinement cet ADN suisse-anglais. Le samedi, c’est fish and chips, sandwich au poisson et le fameux chip buddy : des frites triple-cuisson entassées dans un pain au lait maison, avec rien d’autre que du ketchup et du beurre. « C’est un sacrilège, mais c’est aussi génial », dit Lauren de ce classique anglais. Les saucisses, elles, arrivent à la manière suisse traditionnelle, emballées dans du papier parchemin avec une pointe de moutarde. Le vendredi, on troque les frites (trop exigeantes à préparer) contre un sandwich schnitzel façon suisse, servi avec une salade de concombre à la vinaigrette suisse, sur ce même pain au lait.

Des frites qui demandent trois jours

Ces frites relèvent d’une minutie presque comique. Chaque lot prend trois jours : les pommes de terre sont blanchies, trempées, bouillies, laissées une nuit dans l’eau froide pour en retirer l’amidon, puis pré-frites avant la friture finale, le jour même. Les saucisses aussi demandent trois jours. C’est une charge de travail éreintante pour un seul cuisinier. Theo « tient beaucoup à bien faire les choses », résume Lauren. « Tout le monde nous répète que ce sont les meilleures frites qu’ils ont mangées de leur vie, alors il fait clairement quelque chose de bien. »

Entre Wallace Emerson et The Junction, un esprit de village

Ce qui a poussé autour de Ferdi’s est peut-être le plus beau de l’histoire. Dans leur coin, entre Wallace Emerson et The Junction, près de Dotty’s et dans l’orbite de Gram’s, le couple décrit quelque chose qui ressemble davantage à un village qu’à une scène gastronomique. La fleuriste, un peu plus haut dans la rue, les mentionne à ses clients; le jeu d’évasion d’à côté leur prête des tables et un abri les jours de pluie. « On n’est pas des concurrents, on se tire vers le haut mutuellement », dit Lauren. « Plus il y a de bonne bouffe dans le quartier, plus il y a de monde dans le quartier. » Pour l’instant, Ferdi’s ouvre le vendredi et le samedi, du midi jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à vendre (souvent en début d’après-midi), avec le dimanche et une salle chauffée pour l’hiver quelque part à l’horizon. En attendant, mieux vaut arriver tôt.


Photographié par Daniel Neuhaus





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