Contrada : le fun dining italien de Little Italy
Contrada
- Réserver
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537 College Street Toronto M6G 1A9
+1 416-519-3455 -
Lundi: 5:30 PM – 9:30 PM
Mardi: Fermé
Mercredi: Fermé
Jeudi: 5:30 PM – 10:30 PM
Vendredi: 5:30 PM – 10:30 PM
Samedi: 5:30 PM – 10:30 PM
Dimanche: 5:30 PM – 9:30 PM
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- Restaurant
Avant d’exister sur College Street, Contrada existait déjà dans deux enfances. Patrick Groves (directeur général, sommelier et cofondateur du restaurant) a grandi à Scarborough, nourri par la cuisine italienne de sa mère à moitié italienne, pendant que le côté irlandais s’occupait des déjeuners.
Contrada a ouvert ses portes le 24 octobre 2023, au cœur de la Petite Italie, et dès sa première année, le restaurant s’est hissé au palmarès des meilleurs nouveaux restaurants du magazine Toronto Life. C’est le genre d’endroit qui donne l’impression d’avoir toujours eu sa place ici.
De Scarborough à Alo, puis à College Street
Groves travaille en restauration depuis l’âge de 13 ans. Il en a 34 aujourd’hui. Ses débuts se sont faits dans des endroits comme Vincent’s Spot (un restaurant italien romantique à nappes blanches de Scarborough, ouvert par un Italien dans les années 1960, puis repris par une famille grecque), où il est tombé amoureux des salles tamisées et des escalopes de veau. De là, son parcours est passé par Bent, une plongée dans le bar et les cocktails, et deux ouvertures avec le groupe Alo : responsable du bar à l’Aloette, puis à l’Alobar Yorkville.
Est ensuite venu Brothers Food and Wine (« un de mes restaurants préférés de toute l’histoire de Toronto »), où il est passé des cocktails au vin. Puis un passage comme sommelier au Giulietta, un mandat de directeur au Paris Paris, et une année à vendre du vin aux restaurants torontois. Quand Contrada a fini par prendre forme, Groves cumulait deux décennies d’expérience aux quatre coins du métier.
Le chef Michael Vieira, chef exécutif fondateur de Contrada, a ouvert le restaurant aux côtés de Groves après un parcours parallèle : l’école culinaire, puis les cuisines de Susur Lee au Lee et au Bent, et un bref passage à Au Pied de Cochon, à Montréal. Vieira a depuis quitté le restaurant, mais ces années de colocation refont surface chaque fois que Groves raconte les origines de la maison. « Quand on était colocs, raconte Groves, le livre de recettes du Joe Beef, c’était notre bible. Il trônait sur notre table de salon. On l’ouvrait aux deux jours pour relire une histoire ou cuisiner quelque chose. »
L’italien moderne, à la manière de Toronto
Aujourd’hui, la cuisine est dirigée par le chef Lifni Kalikutty, chef exécutif actuel de Contrada, qui porte le menu d’italien moderne renouvelé depuis son entrée en poste. À la base, c’est italien, mais le menu ne prétend venir d’aucune région précise d’Italie, et il ne prétend pas non plus ignorer le reste du monde. « On est un peu des produits internationaux, dit Groves. On prend des choses partout dans le monde, et ça n’a rien de forcé. Ça nous vient naturellement. »
Le résultat, c’est ce que Groves appelle de l’italien moderne, dans le même esprit que les restaurants où il a fait ses classes employaient le terme de « français moderne ». On y trouve des inflexions latino-américaines, des techniques françaises, des touches asiatiques, le tout traversé par une sensibilité italienne qui gouverne la structure et l’âme des plats. « À la base, c’est italien, dit-il, mais c’est un mélange de l’ancien et du nouveau monde. »
S’il devait résumer l’approche en deux mots : « Ludique mais sophistiqué. On ne se prend pas trop au sérieux, mais on prend le travail au sérieux. »
L’aperitiki, entre amaro et jus tropicaux
Groves supervise l’ensemble du programme de breuvages, et les cocktails de Contrada reflètent le même instinct de métissage. Il décrit son approche comme de l’« aperitiki » : un croisement entre les traditions de l’aperitivo italien et les codes du tiki, rehaussé pour accompagner un repas plutôt que de lui faire concurrence.
« On adore la tradition italienne des negronis et des spritz, dit-il. Mais on adore aussi les bars tiki pour leur opulence et leur côté festif. » Résultat : des cocktails où l’amaro croise le jus tropical frais et les produits ontariens de saison, assez soignés pour ceux qui sont difficiles sur les cocktails (Groves se compte dans le lot), assez amusants pour qui veut simplement passer un bon moment. Le gérant du bar, Kevin Nitcheu, exécute le tout avec précision.
Une carte des vins aux accents néoclassiques
Si les cocktails sont ludiques, la carte des vins, elle, est discrètement ambitieuse. Groves la rédige lui-même, guidé par un principe qu’il qualifie de « néoclassique » : faible intervention dans l’esprit, classique dans la sensibilité, mais jamais la bouteille évidente.
« Si je mets quelque chose de classique sur la carte, ce n’est jamais un Tignanello, dit-il. C’est toujours une face B, toujours un pas de côté. » Il verse de l’aglianico de Basilicate, du sagrantino d’Ombrie, du lambrusco frais et des vins macérés du Latium et du nord, des producteurs qui récompensent la curiosité. Il attribue à Brothers Food and Wine l’éducation de son palais, et la carte reflète cet héritage : un vrai savoir sur le vin porté avec légèreté, avec un enthousiasme sincère pour les mal-aimés de la viticulture italienne.
Bois, cuir et Facebook Marketplace
La salle a été conçue par Groves et Jessie Mak, sans l’aide d’une firme de design ni d’un entrepreneur. L’espace, un ancien gastropub, a été transformé en six semaines avec un budget serré, avec l’aide d’un ami électricien, d’un spécialiste de l’ébénisterie et d’un paquet d’heures passées à écumer Facebook Marketplace pour dénicher du mobilier vintage.
Ce qu’ils ont trouvé les a surpris : des pièces mid-century modern, souvent fabriquées par des fabricants de meubles du sud de l’Ontario dans les années 1970, marquées de leur estampille. « On cherchait d’abord l’esthétique, dit Groves, et on a été agréablement surpris de la quantité de mobilier local qu’on a déniché. » La salle n’est que bois et cuir, chaleureuse, terreuse, pleine de vécu, l’expression physique d’un mot qui revient sans cesse chez Groves : la chaleur.
« De la façon dont on a embauché l’équipe à la façon dont on a pensé l’espace, dit-il, le maître mot, c’est la chaleur. »
L’étreinte dès la porte
Le service est peut-être ce dont Groves est le plus fier. Il le décrit comme un hybride entre la rigueur professionnelle du groupe Alo et la spontanéité humaine apprise chez Brothers Food and Wine, penchant vers la seconde, mais sans jamais négliger les étapes du service.
« Quand vous passez nos portes, on vous prend dans nos bras et on ne vous lâche plus, dit-il. Pas de façon agressive. C’est une étreinte. Vous pouvez en quelque sorte vous laisser aller, et quelqu’un vous rattrapera. »
Deux ans et demi plus tard, la constance ne s’est pas essoufflée. « Chaque jour, c’est le jour un, dit Groves. On ne se repose jamais sur nos lauriers. » C’est un restaurant bâti par des gens qui ont passé 20 ans à apprendre ce qui fait une belle soirée, et qui ont désormais la chance d’offrir ce sentiment à quelqu’un d’autre, chaque soir, sur College Street.
Écrit par Jean-Philippe Tastet
Photographié par Daniel Neuhaus