Ambiance : Calme
_

Ce restaurant est l’antithèse de ce que mes plus jeunes collègues voudraient me voir couvrir sur le blogue; des endroits branchés, bruyants, avec du swag, de la vibe. Il Pagliaccio est tout sauf ça. En fait, c’est tout ce que j’aime dans un restaurant : de la cuisine, du service, de la discrétion, de l’attention portée aux petits détails qui font les grands moments à table, des produits à leur meilleur, travaillés avec délicatesse. Quand vous chercherez un endroit calme et raffiné sans ostentation, allez-y les yeux fermés.

Ouvert il y a deux ou trois ans, cette petite maison a mis du temps à décoller. Sans doute l’absence de lounge et d’une sono tonitruante a-t-elle causé ce lent départ. Peut-être a-t-elle aussi contribué à son succès actuel. On mange en effet au calme chez ce paillasse et l’on y mange très bien. Très italien aussi. Une carte courte, une douzaine d’entrées, une demi-douzaine de pâtes, une autre demi-douzaine de viandes et de poissons, le tout dans le registre classique italien, tendance « je vous le fais comme à la maison ».

Tout est extrêmement soigné dans cette cuisine, à la limite du méticuleux. Tout y est élégant aussi, comme ces petits riens que l’on vous sert au Café Trussardi, Piazza della Scala à Milan et qui resteront gravés dans votre mémoire à jamais. Aubergine parmigiana, pieuvre grillée, petits artichauts rôtis dont on n’a gardé que le cœur afin d’attendrir davantage le vôtre.

 

Des pâtes voluptueuses — paccheri amatriciana, tagliatelles maison servies avec un irrésistible ragoût, tubettoni con pomodoro, soulignés d’un fond de poisson légèrement pimenté — et des viandes d’une extrême tendreté comme cette piccata de veau où le citron se fait discret pour souligner sans déranger.

Deux ou trois petits desserts qu’il faudra essayer, notamment cette panna cotta incroyablement satinée, relevée subtilement de vanille ou de menthe. Quelques bouteilles choisies avec attention par le patron permettent de fêter dignement. Et ce patron, parlons-en : Manuel Silva, modèle d’élégance italienne, si totalement italien en fait que l’on oublie vite que les Silva viennent du Portugal. Avant Il Pagliaccio, il a passé 31 ans au service d’un autre excellent restaurant italien du centre-ville, fréquenté à ses heures de gloire par de grands bandits, mais aussi aux tables voisines par des juges, des avocats, tout le gratin montréalais et les grands de ce monde de passage chez nous. La gourmandise est universelle.

Allez chez Il Pagliaccio les yeux fermés d’accord, mais apportez votre tirelire, la qualité a un prix, surtout si vous avez tendance à vous laisser emporter par cet enthousiasme que déclenche généralement chez les gourmands une table d’exception, italienne au-delà de toute espérance. Si votre budget est plus modeste, allez-y à midi, une vingtaine de dollars, c’est pas cher payé pour du bonheur.


Screen Shot 2014-05-09 at 10.24.08 AM
Partagez

Et aussi …

Article suivant

Et aussi et vice-versa: