Les Ouches : l’audacieux vignoble qui prend racine à l’île d’Orléans
Les Ouches | Vignoble
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1811 Chemin Royal Saint-Pierre G0A 4E0
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Lundi: Fermé
Mardi: Fermé
Mercredi: 11:00 AM – 5:30 PM
Jeudi: 11:00 AM – 8:00 PM
Vendredi: 11:00 AM – 6:00 PM
Samedi: 11:00 AM – 6:00 PM
Dimanche: 11:00 AM – 5:30 PM
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À Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans, le vignoble Les Ouches emprunte un chemin plutôt singulier. Le domaine pratique une agriculture régénératrice et produit des vins québécois expressifs, qui reflètent le terroir et le climat nordique. Ici, l’accueil du public est arrivé en bout de course, comme le prolongement du vin. Avant d’aménager une terrasse ouverte sur l’un des plus beaux points de vue de l’île, Nicos Keable-Vézina souhaitait d’abord élaborer des vins capables de trouver leur place sur les cartes des meilleurs restaurants du Québec. « On fait le vin qui nous plaît. Après, ceux que ça attire viendront », résume-t-il. Le pari tient : ses cuvées se retrouvent aujourd’hui dans plus d’une centaine de restaurants, notamment à Montréal, chez Mastard, la table étoilée de Simon Mathys, et au Parapluie, puis du côté de Québec, à la Buvette Scott et au Chouchou, dans Limoilou. Signe de l’engouement, les bouteilles ont trouvé preneur dès les premiers mois jusque dans les Cantons-de-l’Est, une région pourtant riche en domaines viticoles.
L’agronomie d’abord, l’œnologie ensuite
Ce projet, Nicos le porte depuis l’adolescence, lui qui vient du Bic, un coin de pays plutôt tourné vers les fermes laitières, il choisit l’agronomie, une formation qui conciliait son côté technique et son besoin d’avoir les deux mains dans la terre. Il navigue ensuite longtemps entre l’entrepreneuriat et la gestion avant qu’une année sabbatique en Suisse ne le ramène à son ambition première. Il étudie alors l’œnologie à Changins et confirme sa vocation dans les vignobles du Lavaux. De retour au Québec en 2016, il entreprend avec sa conjointe la recherche d’une terre. Plus de trois années seront nécessaires pour trouver celle qui accueillera Les Ouches, retenue pour son terroir et son microclimat.
Le vignoble compte aujourd’hui quelque 15 000 vignes. On y cultive principalement des Vitis vinifera, notamment du chardonnay, du pinot gris, du gamaret, du pinot noir et du dornfelder. Autour de ce noyau gravitent plusieurs dizaines de cépages en parcelles expérimentales, dont certaines variétés suisses, hongroises et nord-américaines greffées sur place. Cette démarche permet à Nicos d’observer leur résistance, leur précocité et leur potentiel de vinification dans ce climat insulaire.
La première récolte remonte à 2023, mais les vins n’ont été commercialisés qu’en 2026, une fois les élevages suffisamment aboutis, l’année même où le domaine a ouvert ses portes au public. Cette patience est au cœur de la démarche. En cave, les vinifications se font par micro-lots, en barriques de chêne comme en cuves d’inox et ovoïdes composées de différents matériaux en expérimentation. L’intervention demeure minimale, sans devenir un principe rigide : les vins sont généralement non filtrés et le recours aux intrants est évalué selon le millésime et la stabilité de chaque cuvée. « On va tout faire en amont pour ne pas être obligés d’intervenir », explique Nicos. L’objectif tient à des vins droits, précis et vivants, où une légère oxydation, lorsqu’elle est présente, relève d’un choix d’élevage plutôt que d’un défaut.
L’exploration avant la signature
Cette liberté se traduit par une gamme appelée à évoluer. Le domaine produit des vins de macération, des pétillants naturels et quelques cuvées exceptionnelles dictées par les conditions du millésime, comme Marron, un vin botrytisé confit sur plant tiré d’un cépage rouge, là où la pourriture noble reste d’ordinaire l’affaire des blancs liquoreux à la manière d’un sauternes. Rien ne garantit qu’il puisse le refaire un jour. Pour Nicos, il faudra encore quelques années afin de comprendre pleinement la rencontre entre les cépages, les contenants et le terroir : « Ce n’est pas vrai qu’on peut toujours faire les mêmes vins d’une année à l’autre. » — Nicos Keable-Vézina
Le nom Les Ouches désigne un ancien jardin fruitier clôturé autour de la maison, un lieu où l’on protégeait les récoltes et où l’on recevait les amis. L’image correspond bien à cette adresse contemporaine, discrètement à contre-courant de ce que l’on attend d’un domaine de l’île.
Les étiquettes sont le résultat d’un travail mené par deux designers de Québec, qui ont imaginé puis développé visuellement le concept de la maison au centre de son jardin comme fil conducteur de l’identité visuelle. Les œuvres de l’artiste Tone sont ensuite venues donner vie à cette idée par leur matière et leurs textures, créant l’univers graphique que l’on retrouve aujourd’hui sur les bouteilles.
La proximité dans l’assiette
La terrasse surplombe les rangs de vignes qui dévalent jusqu’au fleuve, avec les montagnes de la rive nord en toile de fond. C’est de là que le garde-manger dirigé par Guillaume Bombardier, passé notamment par ARVI, Parcelles et Melba, prolonge cette philosophie dans l’assiette. Les petits plats sont conçus pour accompagner les vins et peuvent, lorsqu’on les rassemble, former un repas complet. Le menu évolue avec les récoltes : gravlax de truite du Québec relevé d’herbes et de fleurs cueillies chaque semaine sur la propriété, pleurotes en escabèche, légumes de saison, pain brioché confit dans le miel du domaine et coiffé de fromage de chèvre d’une ferme voisine. Les fines herbes qui parfument aujourd’hui les assiettes parfumeront aussi progressivement l’offre de mocktails. Les sorbets servis en desserts puisent dans la rhubarbe, le sureau ou les petits fruits cueillis tout près.
Une cuisine précise et gourmande, ancrée dans les ressources de l’île et des environs, avec pour objectif de faire une place grandissante à ce qui pousse ici, du rucher au potager, sans se priver pour autant des producteurs des alentours.
Cette première saison s’achève à la mi-octobre. Vient ensuite l’embouteillage du millésime, puis une pause que le domaine compte mettre à profit pour revoir sa distribution et préparer la suite : un rouge et un rosé plus gastronomique sont attendus cet hiver, et le prochain menu puisera encore davantage dans les récoltes du domaine. On retrouvera donc la terrasse avec plaisir dès le printemps.
Un vignoble audacieux et moderne qui s’inscrit naturellement dans le paysage de l’île d’Orléans et qui prend place sur plusieurs des meilleures tables de la province.
Écrit par Maya Cloutier
Photographié par Audrey-Ève Beauchamp / Les Ouches