Chouchou : fine cuisine chinoise sur Beaubien

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Montréal compte une nouvelle table qui mérite qu’on s’y attarde. Chouchou, un petit restaurant de 35 places, propose une cuisine qui se fait rare à Montréal : des plats raffinés aux saveurs chinoises, exécutés avec des techniques françaises et des ingrédients québécois. Derrière ce projet, une jeune cheffe au parcours atypique et à la vision bien définie.

Chouchou Jia — oui, le restaurant porte son prénom — a d’abord étudié en administration en Arizona avant de bifurquer vers la cuisine. C’est à Toronto qu’elle fait ses classes, à l’Auberge du Pommier puis à Montréal chez Île Flottante, où elle gravit les échelons jusqu’au poste de cheffe de cuisine. Mais après plusieurs années à cuisiner pour d’autres, l’envie de voler de ses propres ailes s’impose. 

C’est Montréal qu’elle choisit pour poser sa première adresse. « Depuis que j’ai emménagé ici, je sens que je pourrais y rester pour toujours. » Un coup de cœur pour la ville qui s’accompagne d’un constat lucide : la cuisine chinoise fusion se fait très rare ici, et personne ne fait exactement ce qu’elle propose. « Ma cuisine, c’est des ingrédients québécois, des techniques françaises, mais les saveurs sont chinoises » Des techniques de fine dining au service de saveurs chinoises, à Montréal, ça ne court pas les rues. Chouchou vient occuper une place que personne n’avait encore prise. 

Le menu à la carte du Chouchou mise sur des assiettes délicates, soignées dans leur présentation, mais pensées pour rester accessibles. À la carte, le métissage se lit dans chaque intitulé. On passe d’un œuf mimosa au thé noir accompagné de poisson dace aux haricots noirs fermentés à un sandwich pressé au canard de Pékin avec brie, d’une salade de poulet d’Urumqi au poivre du Sichuan à des coquilles Saint-Jacques au piment thaï et noix de coco fumée. Le ravioli style Zhong, farci au porc et nappé d’une sauce au sésame, côtoie un porc barbecue char siu servi avec bok choy et sauce hollandaise aux oignons brûlés — le genre de plat qui résume à lui seul le projet de la cheffe. Bien que les prix soient un peu dispendieux, ça reste tout de même raisonnable pour la qualité rendue.

Côté bar, cinq cocktails maison figurent au menu. On y trouve un Honey Miso — sirop de miel et miso, vodka et un morceau de kong kwa sucré — et un martini du jour qui change selon les arrivages. « Ça dépend vraiment de ce que j’achète dans la journée. » Un sour du jour complète l’offre, récemment décliné en version fruit de la passion avec mousse de champagne.

Le décor donne le ton dès l’entrée. Les murs en lime wash mauve apportent une touche de luxe feutré, les banquettes en cuir brun renforcent cette impression, et le mobilier en bois vient tempérer le tout avec juste ce qu’il faut de chaleur. L’ambiance est douce, calme — on est ici pour prendre son temps. Une adresse toute trouvée pour un souper en tête-à-tête.

Le nom du restaurant, lui, est un petit clin d’œil à double sens. Chouchou est le prénom de la cheffe en chinois, mais en français, le mot évoque quelque chose de mignon, de précieux. « Les Français entendent “chouchou” et trouvent ça cute. Les Chinois lisent les caractères et comprennent autre chose. J’aime bien ce jeu-là. » 

Dans un paysage gastronomique montréalais qui ne manque pas de tables françaises ou italiennes, Chouchou propose une voix distincte et assumée. Le genre d’adresse qui rappelle que les cuisines les plus intéressantes naissent au croisement des cultures.


Photographié par Alison Slattery





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