Richard Bastien, de la chenille au Monarque

À gauche, Jeremie Bastien et à droite son père, Richard Bastien

Richard Bastien est la preuve vivante que constance et rigueur portent fruit dans l’industrie de la restauration. Bastien est chef propriétaire du restaurant Le Mitoyen et partenaire, avec son fils, au Monarque. Ce dernier a su, au fil du temps, s’établir comme un pilier de la gastronomie québécoise. Jumelant habillement aliments du terroir et cuisine traditionnelle française, le chef autodidacte a su porter chacune des adresses auxquelles il est associé au sommet des palmarès des meilleurs restaurants de la province.

Fils de maraîcher et de la ferme  

Cadet de cinq enfants, Richard Bastien est né à Sainte-Dorothée dans une famille de maraîchers. De la production de légumes à l’abattage des bêtes, il se souvient des séances de mise en conserves avec sa mère et d’entreposage de lard salé avec son père. Les repas prêts à manger lui étaient complètement inconnus.  Il est clair à ce sujet : « tout chez nous était fait maison » ; ses souvenirs culinaires de jeunesse se bercent entre réconfortante odeur de soupe aux légumes et des saveurs du boudin de sa mère. Recette de boudin qui l’inspire et qui se retrouve maintenant au menu de chacun de ses établissements.

C’est ainsi que Richard Bastien découvre son amour pour les produits frais du terroir québécois. Il se qualifie lui-même d’enfant gâté par la ferme : « Les voisins et les passants s’amusaient à me voir, chaque été, accompagné de mon petit mouton qui me suivait partout comme un chien. À la rentrée scolaire, l’agneau disparaissait, je comprenais pourquoi… L’été suivant j’avais un nouveau cabri comme compagnon ».

Le jeune chef autodidacte

Habité d’un amour et d’une grande curiosité pour la nourriture, Richard Bastien commence très jeune à cuisiner de manière expérimentale. Il demande, par exemple, à sa grand-mère si elle connaît l’existence du cerfeuil, de l’estragon ou bien du topinambour ; aliments poussant naturellement chez nous, mais mis de côté par les agriculteurs de l’époque. Bref, il est instinctif, passionné, autodidacte. Le chef à même avoué avoir cuit son premier homard sans jamais en avoir mangé auparavant !

De fil en aiguille, il se crée une notoriété en tant que cuisinier. C’est en 1977, âgé de 25 ans, qu’il ouvre son premier restaurant, Le Mitoyen, en partenariat avec Carole Léger, la mère de ses enfants. Le couple achète une maison ancestrale construite en 1870 par un cultivateur à la retraite au cœur du village de Sainte-Dorothée. Fait cocasse, des promoteurs immobiliers avaient pour projet de démolir ladite résidence! Habitant l’étage du haut, les jeunes visionnaires installent la salle à manger du célèbre restaurant au rez-de-chaussée. Ce fut un succès instantané. Proposant boudin, canard et ris de veau, le menu du Mitoyen se distingue rapidement en offrant des protéines négligées par les restaurateurs québécois de l’époque. Le tout est accompagné et garni de légumes et de fines herbes tout aussi avant-gardistes.

En février 1979, le chef part à la recherche de goûts et de techniques en France. Armé de fougue et d’un simple sac à dos, Richard Bastien mange aux tables d’Alain Chapel, d’Alain Senderens et des frères Troisgros. Il reviendra de cette épopée, plus inspiré que jamais et surtout motivé par la confirmation que ce qu’il avait développé instinctivement à Sainte-Dorothée se faisait aussi par ces icônes de la gastronomie française.

L’ascension d’un grand chef

Quelques années plus tard, un joyeux évènement vint modifier la vie du restaurateur. Jean-Claude Poitras, célèbre créateur de mode, vont manger au Mitoyen accompagné de la grande journaliste Iona Monahan. Cette dernière écrivait un portrait sur le designer. Quelques jours ensuite, La Gazette publie une photo de Poitras au Mitoyen. C’est le début de la reconnaissance de la carrière de Richard Bastien. Âgé de 28 ans, il recevra le prix Roger Champoux du Mérite exceptionnel en cuisine de la Fondation des amis de l’art culinaire. À ce moment, habité par le syndrome de l’imposteur, le chef n’a qu’une phrase en tête ; « Je ne peux plus reculer… ».

Le Mitoyen connaîtra, dans les années suivantes, un succès monstre. Encore aujourd’hui, 45 ans après son ouverture, le restaurant affiche complet presque tous les soirs. 

Richard Bastien sent qu’il ne peut toutefois pas se limiter à cet établissement ; il se sent à l’étroit, il a soif de projet, il doit créer !

Il est approché dans les années 90, par la direction du Musée des beaux-arts de Montréal, pour repenser et moderniser Le Café des beaux-arts, défi qu’il relève avec brio jusqu’à sa fermeture en 2015.

En 2001, il ouvre avec son associé Émile Saine le célèbre Leméac. L’adresse rappelle les bistrots tendances de Paris. Elle est connue et chérie par tout amateur de restauration à Montréal. La régularité du menu, la qualité du service et le somptueux décor signé par Luc Laporte font de l’établissement un incontournable du patrimoine gastronomique de la métropole.

Les Bastien père et fils 

Le fruit ne tombant jamais loin de l’arbre, Jérémie, le fils de Richard Bastien est aussi très doué derrière les fourneaux. Inspiré par son père, il entreprend une fructueuse carrière dans le monde de la restauration. 

Pendant plus de 10 ans, l’équipe père-fils s’est acquittée de la mission de parcourir le monde et d’y goûter les meilleures tables qu’il soit. Derrière cette quête se cachait un objectif précis, s’inspirer afin d’ouvrir, à Montréal, le restaurant de leurs rêves.

Le Monarque a ouvert ses portes en septembre 2018. C’est selon Richard Bastien, le restaurant assurant la pérennité des Bastien. Le nom du restaurant a été soigneusement choisi. Ce papillon, effectuant sa migration sur plusieurs générations, symbolise la passation père-fils au cœur de ce projet. Jérémie Bastien est l’unique chef et propriétaire de l’établissement. Le chef du Mitoyen est toutefois impliqué dans chacun des mécanismes du complexe engrenage de l’établissement. Ouvertement inspirés par le Gramercy Tavern à New York, Richard et Jérémie Bastien, en collaboration avec l’architecte Alain Carle, dessinent Le Monarque. Le restaurant du Vieux-Port a rapidement fait son nom dans le monde de la restauration à Montréal. L’adresse propose une double expérience ; soit un menu de style brasserie et un menu salle à manger. 

Un chef visionnaire

Les grands esprits ne prenant pas de congé, Richard Bastien est en ce moment en train de placer un autre pion sur l’échiquier de la restauration au Québec. Son prochain projet : Les Jardins Bastien.

En effet, le chef construit actuellement sur la terre de ses ancêtres, précisément sur la rue Bastien à Sainte-Dorothée de Laval, de grandes serres articulées autour des principes de la permaculture. L’objectif final est de rendre ses restaurants autosuffisants en produits de la terre, le tout en respectant l’environnement. Le rêve ! 

Richard Bastien est un amoureux des saveurs du terroir et un passionné de gastronomie française. Sa passion pour les bonnes choses l’a amené à nous léguer des bijoux d’institution : Le Mitoyen, Le Leméac ainsi que Le Monarque.

En sauvant l’ancestrale maison d’un agriculteur à Sainte Dorothée pour y ouvrir Le Mitoyen, Richard Bastien ne savait probablement pas qu’il venait de se donner la chance d’une vie. Celle de participer à la création du restaurant de ses rêves qu’est Le Monarque.

Comme on dit chez nous… On récolte ce que l’on sème.

Entrevue réalisée au : Café DAX


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