Uh Bar : un laboratoire envahi par la nature sur Dundas West
Uh Bar
- $$
-
1221 Dundas Street West Toronto M6J 1X3
- Fermé temporairement
-
- Bar Bar à cocktail
Un nom né d’un malentendu
Le nom vient d’une incompréhension. Nick Hao voulait appeler son bar de Dundas West A Bar, un nom sans relief, jusqu’à ce qu’un ami lui demande s’il s’agissait de « a bar » ou de « Uh bar ». Une recherche sur Google Maps a tranché : des bars portant ce nom, il y en avait déjà plusieurs. « Uh Bar, ça sonne plutôt bien », s’est-il dit. Le local sous le MSSM Ossington porte ce nom depuis.
De Shandong à Dundas West
Nick Hao a grandi dans la province du Shandong, dans le nord de la Chine, et façonne discrètement la manière de boire de Toronto depuis un moment déjà : il a ouvert Slice of Life en 2023 et signé la carte des breuvages du 915 Dupont. Un an plus tard, il prenait les clés d’une boîte de béton vide sur Dundas, avec Steven Lau comme investisseur et Nigel Wang, fondateur du café Rooms, au design. Les deux hommes s’étaient rencontrés des années plus tôt derrière le bar du Mother.
Le shot de Jack Daniels qui a tout déclenché
Ce qu’il cherchait n’était pas un concept, mais une sensation. Un shot de Jack Daniels avalé au secondaire, dans un speakeasy caché à l’intérieur d’un immeuble résidentiel, commandé en copiant son ami. Il l’a fait passer la mâchoire serrée, puis quelques minutes plus tard, tout a basculé : même les haut-parleurs bon marché se sont mis à sonner bien. « C’est la première fois que j’ai senti la magie », raconte-t-il. Il ne se souvient pas du nom du bar. « Peut-être que pour moi, c’était juste un bar. » Le Uh Bar reconstruit cette sensation : un endroit où l’on n’a pas à trop réfléchir.
Un laboratoire envahi par la nature
Trois matériaux portent le lieu : le béton, le bois et les plantes, disposés autour d’une batterie de verrerie de laboratoire. « Un laboratoire envahi par la nature », c’est ainsi que Hao et Wang décrivent l’endroit, et les finitions brutes sont à prendre au pied de la lettre. Il a fait une bonne partie du travail de menuiserie avec son père et son frère, a essayé de couper le béton lui-même avant de confier la tâche à des professionnels, et a servi ses premiers clients pendant que les travaux se poursuivaient le jour.
Rien à décoder sur la carte
Aucun nom n’exige de traduction : gin fizz, margarita, espresso martini, vodka soda. Les surprises se cachent à l’intérieur de ces classiques, volontairement. « Je ne veux pas que le client ressente de la pression au moment de commander », explique-t-il. Le gin fizz est sucré au melon, coupé de basilic et de lime, lavé au yogourt à la vanille, puis clarifié et carbonaté sous pression. Le résultat s’approche d’un soda au melon japonais rétro, cerise comprise. La margarita, elle, emprunte au bingtanghulu, ces brochettes d’aubépine confite vendues dans les rues de Pékin : infusée à la baie d’aubépine et à la tomate cerise fermentée, elle est acidulée, sapide et légèrement confiturée.
Le Uh Good Martini et l’espresso martini clarifié
Le Uh Good Martini arrive en version wet, avec un peu de xérès et quelque chose de salé à côté : du maïs en saison, parfois de l’artichaut confit, de la tomate séchée, des olives. « Prenez une gorgée, prenez une bouchée, votre martini goûtera autre chose », dit Hao. Il a raison : le maïs arrondit le xérès. L’espresso martini est celui qu’on n’attendait pas. Translucide au lieu d’être foncé, à base de rhum, avec du rooibos, de l’amande, de la liqueur de coco et des grains de café de chez Rooms, il est lavé au lait puis laissé au frigo un jour ou deux pour que les sédiments tombent. Léger et noiseté, il se rapproche davantage d’un apéro que d’un dernier verre.
Bossa nova, disco et flamenco le dimanche
La musique pèse aussi lourd que le contenu du verre. Pas de genre maison : de la bossa nova quand c’est tranquille, du disco et du funk quand ça se remplit. « La musique, c’est la partie la plus importante du bar, je pense. » Les concerts du dimanche changent chaque semaine. L’équipe a commencé avec du jazz, a trouvé que le jazz seul devenait ennuyant, et programme maintenant du flamenco, du latin, ce qui colle au moment.
Infos pratiques
Le Uh Bar compte environ 85 places, au 1221 Dundas Street West, à Toronto. Ouvert du mercredi au dimanche à partir de 19 h. Sans réservation, sauf pour les groupes de six personnes et plus. Nick Hao parle déjà du Uh Bar comme d’une marque qui pourrait voyager, à Shanghai, à Tokyo, à Bangkok, en plus dUn couple de projets torontois dont il ne dira rien pour l’instant. Pour le moment, il y a un tabouret, un bon disque et un gin fizz clarifié qui goûte le soda au melon.
Écrit par Jean-Philippe Tastet
Photographié par Daniel Neuhaus