Simone Chevalot : la femme avant la Buvette
Simone Chevalot, c’est la femme derrière l’incontournable Buvette Chez Simone. Ouverte en juin 2008 sur l’avenue du Parc, l’adresse connaît un succès instantané et s’est rapidement taillé une place dans le paysage montréalais. Un endroit où l’on vient spontanément, pour un verre de vin bien choisi, quelques assiettes à partager, et cette impression simple que la soirée est entre bonnes mains
Bien que Simone se fasse plus discrète qu’au tout début, l’élan et la passion restent les mêmes.
« Quand mon équipe me le permet, dit-elle en souriant, j’adore encore être sur le plancher. Ce qui me rend le plus heureuse, c’est d’être à l’accueil. Je reste souvent en début de soirée pour m’imprégner de l’ambiance, revoir des clients, croiser des visages. Tout se fait organiquement grâce au savoir-faire de l’équipe. C’est beau à voir, et ça me procure encore beaucoup de joie. »
Portrait d’une femme entrepreneure, humble et inspirante.
Tout a commencé à l’École nationale de théâtre
Simone fait l’École nationale de théâtre et, avant, pendant et après ses études, elle travaille comme serveuse dans plusieurs restaurants, dont le Pistou, l’Express (où elle commence à s’intéresser au vin), le Petit Italien, et bien d’autres. Elle termine l’école en 1999, puis enchaîne les auditions, en attendant de gagner entièrement sa vie comme actrice.
Avec le temps, elle réalise ce qui allait s’avérer déterminant pour elle:
« Je me suis rendue compte que la seule chose que je savais faire et qui me rendait heureuse, c’était être en service. »
Et tranquillement, La Buvette Chez Simone commence à prendre forme.
L’idée de La Buvette
Simone rêvait d’une buvette comme les Européens savent si bien le faire: un lieu inclusif, sans protocole. Un grand comptoir, du vin, des charcuteries, des fromages, des brandades.
« À l’époque où mes partenaires et moi avons créé la buvette, on sortait manger au resto, puis on prenait un verre ailleurs. Nous rêvions d’un lieu où l’on pouvait faire tout ça: bien manger, ou simplement bien boire dans un endroit animé. Aujourd’hui, les frontières entre restaurant et bar sont plus perméables. »
Pourquoi l’avenue du Parc?
« J’ai grandi sur Parc ! J’ai passé mon adolescence sur Parc. J’ai un attachement profond pour cette rue: elle ne ressemble à rien. Les différentes communautés y côtoient le côté plus chic d’Outremont et les hipsters du Mile End. J’adore ce mélange éclectique et je souhaitais vraiment ouvrir quelque chose dans ce quartier. »
Au départ, Simone mûrit l’idée pendant des mois, en s’entourant de gens de confiance du milieu. Puis, une rencontre marquante avec Gabrielle Bélanger — qu’elle avait connue à l’époque du Petit Italien — est venue solidifier le projet. Avec ses cinq partenaires de l’époque, l’équipe donne naissance à ce qui allait devenir l’iconique Buvette Chez Simone: pensée comme un lieu vivant, où le vin est l’élément central, sans jamais être intimidant.
Une fois le local trouvé, elles confient le mandat du design à Zébulon Perron, l’un de ses premiers projets marquants. L’espace impose rapidement son identité — un décor qui, encore aujourd’hui, demeure parfaitement en phase avec l’esprit de la buvette.
Qu’est-ce qui définit l’esprit de La Buvette Chez Simone?
« On pense à quelque chose d’abordable, chaleureux, convivial, accueillant. Mais aussi au côté spontané de la sortie: être dans le moment présent.
Cela dit, avec le contexte économique actuel, l’inflation et le coût exorbitant des aliments, il devient difficile de concilier ce désir sincère de rester un endroit abordable. On sent la précarité, et c’est déchirant quand pour plusieurs, aller au restaurant est devenu un luxe.
Malgré tout, je continue de croire que, même dans des contextes hivernaux tels qu’on les vit actuellement, quand sortir de chez soi est déjà difficile, franchir la porte pour se retrouver dans un lieu animé de partage et de rencontre reste essentiel. »
« La restauration, c’est dur, mais c’est tellement beau en même temps. Je crois que ce qui me touche le plus, c’est l’harmonie d’un espace, où des amitiés se tissent, des couples se forment parfois, et des souvenirs se créent.»
La buvette comme point d’ancrage
Les projets se sont enchaînés pour Simone. En 2012, elle participe à l’ouverture du Furco, puis du Café Parvis en 2013. Vient aussi Bar à Flot, ouvert à l’automne 2021, la petite sœur de La Buvette. « C’est un projet qui nous a rendues très fières, arrivé comme une étoile filante, un rêve qui alimentait nos journées grises de pandémie.»
En 2023, Simone choisit de se retirer du partenariat Furco-Parvis elle souhaitait se concentrer davantage sur ses autres projets et laisser la place à ceux qui opéraient au quotidien.
Puis, en 2025, Gabrielle et elle prennent la décision déchirante de ne pas poursuivre l’aventure du Bar à Flot, et de se consacrer pleinement à La Buvette Chez Simone.
Qu’est-ce qui explique le succès de La Buvette Chez Simone, encore aujourd’hui?
« Il y a eu un gros afflux dès le départ, et la pandémie est venue changer un peu notre identité. On vieillit, notre clientèle aussi. Puis on s’est rendu compte qu’on avait peut-être moins envie de mettre de l’avant le côté bar jusqu’à 3 heures du matin.
Au final, je pense qu’on est gagnantes là-dedans, parce que l’équipe en salle est très stable. Gabrielle et moi, nous pouvons nous concentrer sur notre mandat: s’assurer de la qualité et de la constance. On offre aussi une meilleure qualité de vie à nos employés, ils sont heureux d’être là, et j’espère que ça se transmet. »
C’est peut-être ça, le succès de la Buvette: la constance, justement!
« Je dois aussi dire que Gabrielle est un élément essentiel de la longévité de la Buvette. Nous formons un duo qui se complète et s’articule super bien au quotidien, c’est rare et précieux. »
« On est très fières d’avoir été parmi les premières à développer cette identité-là: ce “mariage” entre le resto et le bar, et de mettre le vin à l’honneur d’une façon décomplexée. Aujourd’hui, il y a des buvettes dans tous les quartiers, et je pense qu’on ressent une certaine fierté d’avoir contribué à ça. »
Si tu avais un conseil à donner à la relève, ce serait lequel?
« Mon conseil, c’est toujours le même: vraiment connaître ce qu’est la restauration et en comprendre les enjeux. L’industrie est très particulière. On ne peut pas vraiment appliquer des concepts d’entrepreneuriat si on n’a pas baigné dedans. Ça ne s’improvise pas, devenir restaurateur, et ça prend une capacité d’adaptation assez inouïe. »
« Tu ne peux pas ouvrir quelque chose sans avoir envie d’y mettre tout ton cœur. Tu ne peux pas vouloir seulement faire des sous, ça ne marchera pas; il faut s’engager et se dévouer au plus haut niveau. »
« La restauration, ça peut être extrêmement éphémère. Il y a un engouement pour un lieu — comme pour une personne — puis, tout d’un coup, l’intérêt se déplace. Tu dois te réajuster vite, et dans certains cas, c’est plus difficile que dans d’autres. D’où l’importance d’être bien entouré, d’avoir des bases solides et des termes financiers clairs. »
L’accélérateur au féminin, une opportunité qu’elle accueille comme un cadeau immense
Simone le dit sans détour: elle est immensément reconnaissante envers La Table ronde d’exister. Même avec une partenaire précieuse comme Gabrielle, le quotidien en restauration peut parfois être isolant. L’Accélérateur au féminin arrive donc comme un espace pour souffler, se déposer, apprendre, et surtout échanger avec ses pairs.
Choisie parmi les participantes pour son potentiel de croissance, sa vision stratégique et son impact sur le milieu, Simone y voit une occasion rare d’échanger sur les enjeux que vivent les femmes en restauration.
« C’est un immense privilège de pouvoir creuser des sujets liés à mon quotidien de restauratrice avec mes pairs. De pouvoir aussi bénéficier des conseils d’une coach et d’une mentor, car le besoin de se ressourcer quand on fait partie d’une industrie aussi mouvante que la restauration est immense. C’est un grand cadeau offert par La Table ronde. »
Ce qu’elle espère en retirer est simple, mais profond: des outils pour continuer, sans s’épuiser.
« J’ai appris beaucoup de choses, surtout au niveau financier; je n’avais pas tout ce bagage lorsque j’ai ouvert la buvette. Mais je pense que ma force, et ce qui m’a toujours guidé, à l’époque comme aujourd’hui, c’est l’humain. »
Et cet humain-là, chez Simone, se traduit dans sa manière de travailler: dans le plaisir, oui, mais surtout dans l’écoute.
« J’ai besoin d’entendre les points de vue de mon équipe », dit-elle. Parce que la buvette, c’est aussi ça: une énergie collective et une complicité qui se ressent.
Qu’est-ce qu’on souhaite à La Buvette Chez Simone pour les années à venir?
« On souhaite que la clientèle soit au rendez-vous, continuer d’évoluer sans perdre notre identité. S’adapter, rester fidèles à nos valeurs, et renouer sans cesse notre clientèle. »
On vous souhaite tout ça — et plus encore !
Longue vie à La Buvette Chez Simone !
Écrit par Maya Cloutier
Photographié par Alison Slattery