Les frères Acacia: le duo choc du Piklìz
Si vous avez déjà eu le plaisir de découvrir le Piklìz, vous savez qu’on y est accueilli avec une chaleur et une convivialité incomparables. Ouvert en 2019, le petit restaurant de Saint-Henri s’est rapidement affirmé comme une référence incontournable de la cuisine caribéenne à Montréal. Toujours animé, le Pikliz reflète parfaitement la complicité qui lie deux frères passionnés: Akim et Abdel Acacia.
« C’est one love, comme la perle des Antilles mon clan brille » – Muzion
Akim et Abdel, tous deux natifs de Montréal, sont issus de parents haïtiens et ont grandi dans une atmosphère où la diversité culturelle était omniprésente. En tant que fils d’enseignants, ils ont habité plusieurs quartiers de Montréal au fil des déménagements familiaux, ce qui a profondément influencé leur capacité d’adaptation et enrichi leurs échanges interculturels. Ce parcours nomade, loin d’être un obstacle, a forgé chez eux une ouverture d’esprit et une aisance naturelle à naviguer entre les cultures. « On a grandi dans plein de quartiers différents, avec des amis aux origines culturelles variées », expliquent les deux jeunes entrepreneurs.
La musique, particulièrement le hip-hop, a joué un rôle fondamental dans leur développement. C’est elle qui a nourri leur créativité, leur sens du rythme et leur façon de concevoir l’expérience culinaire comme un spectacle pour tous les sens. « C’est mon grand frère Akim qui m’a initié à mes deux passions : la musique et la cuisine », raconte Abdel, aujourd’hui chef du Piklìz. Au restaurant, la musique occupe une place centrale, reflétant la passion héritée de leur père, un mélomane qui tenait un magasin de CD en Haïti. Leur amour pour le rythme est inné — et on le ressent dès qu’on franchit la porte du Piklìz et du Rodman.
« Ayiti cheri se ou’k bam lavi » – Tabou Combo
Les nombreux voyages effectués en Haïti ont profondément marqué les deux frères, façonnant leur identité et leur passion pour leur pays d’origine. Leur père, grand amateur de cuisine, les a également influencés en préparant régulièrement des plats maison qui embaumaient toute la maisonnée. Lorsqu’il décide de s’installer en Haïti en 1997, les deux jeunes hommes l’accompagnent pour y vivre une année entière, une expérience qui les rapproche davantage de leurs racines. « Haïti peut sembler modeste sur le plan matériel, mais sa richesse culturelle est inestimable, et cela nous a profondément marqués », souligne Akim.
Au fil des ans, Akim nourrit le rêve d’ouvrir un petit B&B en Haïti, une ambition qu’il réalise avec succès, faisant ainsi découvrir cette perle des Antilles aux Québécois en voyage sur l’île. Pendant ce temps, à Montréal, Abdel cultive son amour pour la cuisine en lançant une petite entreprise de traiteur à domicile. Il partage ses plats faits maison avec son entourage et remporte rapidement un beau succès auprès de ceux qui goûtent à ses créations. « Mon frère et moi avons passé tellement de temps ensemble à cuisiner, il m’aidait à adapter mes recettes et à twister les saveurs de mes plats. C’est vraiment lui qui m’a donné la piqûre », raconte fièrement Abdel.
Lorsque la situation politique en Haïti se complique, Akim rentre à Montréal, gardant intact son désir de partager sa culture. Il parvient à convaincre son frère d’organiser un événement éphémère au Parc Angrignon. À leur grande surprise, l’événement attire une foule nombreuse et enthousiaste, confirmant ainsi l’intérêt du public pour leurs créations. « On s’attendait vraiment pas à ce que ça se passe aussi bien. Les gens nous répétaient qu’il fallait qu’on ouvre un resto et quand l’occasion s’est présentée, on n’avait pas le choix de la saisir. » C’est ce moment charnière qui a tout déclenché. Ainsi, les frères autodidactes décident de concrétiser leur rêve en ouvrant ensemble le restaurant qu’on connaît aujourd’hui : Piklìz.
« On est fiers de ce qu’on a accompli avec le resto, ça n’a tellement pas été facile au début. On a gagné du succès rapidement et on n’était pas vraiment préparés à ça. Les gens n’étaient pas sûrs de notre concept et on a eu des critiques au début, mais aujourd’hui la vision qu’on avait du restaurant s’est vraiment concrétisée », expliquent les deux entrepreneurs.
Le restaurant incarne fidèlement l’esprit des frères, un mariage entre les saveurs haïtiennes et les techniques modernes de la cuisine d’ici. « C’était important que les plats soient préparés avec des ingrédients de qualité. » Piklìz est un véritable hommage à leur héritage et à leurs souvenirs, chaque plat racontant leur histoire et transportant les convives dans un voyage unique, teinté de nostalgie et d’authenticité. Malgré les embûches, ils ont réussi à créer une expérience inégalée qui marie tradition et innovation avec brio.
Le Rodman : Un nouveau chapitre dans le Mile End
Fidèles à leur élan créatif, les frères Acacia n’ont pas tardé à écrire un nouveau chapitre de leur aventure. En 2025, ils ouvrent Le Rodman, un resto-bar festif niché au coin de Saint-Laurent et Saint-Viateur, en plein cœur du Mile End. Le nom n’est pas anodin : il rend hommage à Dennis Rodman, l’icône du basketball aussi célèbre pour son jeu que pour son caractère inclassable. « Dennis Rodman, sa personnalité ne se mettait pas dans une catégorie. Son côté créatif et avant-gardiste… On voulait que le Rodman soit dans cet esprit-là aussi », explique Akim. Si le Piklìz est le foyer familial, Le Rodman en est le cousin audacieux : un lieu magnétique où le goût n’a pas de règles et où le style n’a pas de frontières.
Avec Le Rodman, Akim voulait aussi sortir du moule. « C’était important pour moi de ne pas avoir la même étiquette haïtienne, de montrer qu’on peut faire plus », confie-t-il. L’idée, c’était de créer un lieu qui dépasse les frontières d’une seule culture. « Avec le Rodman, on vise à célébrer la diversité, l’énergie et l’audace de Montréal ». L’ambiance du Rodman évolue au fil de la soirée comme une bonne playlist, à l’image d’Akim et Abdel. Avant 22 heures, l’atmosphère est douce et intime, idéale pour un souper entre amis ou un premier rendez-vous. Puis, à mesure que la nuit s’installe, l’énergie monte : les lumières tamisent, la playlist bascule entre afrobeats, kompa et hip-hop, et les rires se mêlent aux basses. Le Rodman, c’est exactement ce qu’on ne savait pas qu’on cherchait : un endroit où l’âme caraïbéenne rencontre le flair moderne, où on peut manger tard, bien boire, et rester un peu plus longtemps que prévu.
Les frères Acacia sont de véritables modèles de réussite pour les générations à venir. Du Piklìz au Rodman, leur parcours témoigne d’une capacité rare à transformer la passion en projets concrets, tout en restant fidèles à leurs racines. On leur souhaite bon succès pour la suite de cette belle aventure !
Écrit par Fabie Lubin
Photographié par Alison Slattery