Dans L’Islet, le local n’est pas une mode qui passe ni une case à cocher sur un menu. C’est simplement la manière dont on cuisine et dont on reçoit, depuis toujours. À seulement une heure de Québec, le secteur de l’Islet donne envie de se reposer, de prendre le temps d’apprécier les petites choses et de découvrir tout ce que cette région a à offrir. Ici, le maraîcher connaît le nom du cuisinier qui achète ses légumes, l’éleveur discute avec la personne qui transformera sa viande, et l’herboriste sait exactement dans quelle assiette finiront ses plantes. Ce n’est pas un réseau abstrait : c’est du monde qui se croise au marché, qui se donne des nouvelles et qui travaille, souvent, main dans la main.
Ce secteur un peu méconnu de Chaudière-Appalaches mérite d’être découvert, surtout parce qu’il a cette chance rare de vivre au rythme de son territoire. Le fleuve donne ses crevettes nordiques et ses mactres, les fermes donnent leurs œufs et leurs viandes, les bois donnent leurs champignons et leurs épices boréales, et les cueilleurs rapportent des plantes qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Derrière chacun de ces ingrédients, il y a une personne qui pourrait vous en parler pendant une heure, et qui le fait avec un plaisir contagieux dès qu’on lui pose la question.
C’est pour ça qu’on aime tant y aller doucement. Prendre le temps de s’arrêter chez un producteur, de goûter un fromage sur le bord de la route, d’écouter une propriétaire raconter d’où vient chaque plat. Dans L’Islet, ralentir n’est pas une consigne touristique : c’est la seule façon de vraiment comprendre ce qui pousse, ce qui s’élève et ce qui se transforme dans la région.
En collaboration avec Tourisme Chaudière-Appalaches, on a réuni ici une poignée d’adresses qui célèbrent le local, chacune à sa manière. Une auberge gourmande, un café dans un ancien presbytère, une microbrasserie qui cuisine aussi bien qu’elle brasse, une table de groupe au bord de l’eau, une ferme d’œufs frais et un casse-croûte rétro. Six visions différentes, un même point commun : le territoire dans l’assiette. Bonne découverte !
Roch le fermier
Notre coup de cœur assumé : Roch le Fermier, et surtout Julie Aubé, une propriétaire avec qui on aurait pu jaser pendant des heures. Sa ferme abrite deux cents poules élevées en liberté, et l’on peut y acheter ses œufs frais en libre-service, tout comme ses produits maison (bouillons, sauces et compagnie) qui valent amplement l’arrêt. Mais les vraies vedettes, ce sont les raviolis. Julie a appris à faire les pâtes en Italie (rien de moins), et ça se goûte : la pâte est pétrie avec les œufs de ses propres poules, la farine vient d’un moulin situé tout près, et les garnitures changent au gré des saisons et de ce que donne le potager. On les achète sur place, et pour ceux qui veulent aller plus loin, elle offre aussi des ateliers pour apprendre à rouler ses propres pâtes fraîches. Difficile de repartir sans une part de sa passion dans le sac.
Saint-Roch-des-Aulnaies
Casse-Croûte chez Line
Avec son décor coloré tout droit sorti des diners américains des années 1950, le Casse-croûte Chez Line a des airs de plateau de Grease : frigo rétro rose bonbon, terrasse aux tons pastel, objets vintage et bonne humeur incluses. Derrière le comptoir, Caroline et son conjoint proposent une version bien à eux de la cantine québécoise, où les classiques côtoient des idées qui sortent des sentiers battus : poutine shawarma, burger au poulet gochujang, club sandwich au smoked meat. Bien que les saveurs du monde soient à l’honneur, les produits locaux sont aussi au cœur du projet. L’ambiance est chaleureuse, le service attentionné, et il suffit d’observer les habitués qui reviennent tout le temps pour comprendre que l’endroit a une âme. On y mange une cuisine réconfortante qui ose, sans jamais renier ce qui fait le charme d’un vrai casse-croûte de village.
Saint-Aubert
Auberge des Glacis
Installée dans un ancien moulin seigneurial au bout d’un chemin bordé de jardins, l’Auberge des Glacis a le genre de charme qui fait baisser les épaules dès qu’on arrive : des sentiers boisés, un lac où se baigner et seize chambres pensées pour qu’on décroche pour de bon. Mais c’est à table que le lieu prend toute sa dimension. Du mercredi au samedi, la cuisine déroule un menu gourmand en quatre services qui puise dans plus de soixante-dix ingrédients de la région (!), au fil de ce que les producteurs des environs livrent cette semaine-là. On y sent une vraie complicité avec les fermes et les artisans du coin, cette façon de laisser le terroir dicter la carte plutôt que l’inverse. Que l’on y dorme ou qu’on s’arrête seulement pour le repas, on repart avec l’impression d’avoir mangé la région au grand complet.
L'Islet
Café de l'Estuaire
Logé dans un magnifique presbytère patrimonial datant de 1885, le Café de l’Estuaire a gardé tout le cachet de ses vieilles pierres, avec en prime le bord du fleuve juste derrière. On y entre pour l’atmosphère calme et posée, et on y reste plus longtemps que prévu, un café à la main, à regarder l’eau dehors. Leur comptoir offre plusieurs options à manger, avec beaucoup de choix véganes : brownie, pogo tempeh, tartelette, et bien d’autres. L’équipe fait elle-même sa cueillette sauvage et met à l’honneur les produits du terroir qu’elle déniche au menu. Le lieu historique a énormément de cachet, et les articles de journaux qui ornent les murs donnent envie d’en apprendre plus sur l’adresse. Porté par un organisme à but non lucratif, l’endroit met un point d’honneur à faire une place au monde d’ici : producteurs de la région, petits transformateurs, cueilleurs de plantes sauvages et herboristes se retrouvent dans les assiettes comme dans les tasses. En bonus, une petite section friperie et une salle de jeux pour les enfants !
Saint-Roch-des-Aulnaies
le plongeon - Brasserie rurale & Cuisine locale
À Saint-Cyrille-de-Lessard, Le Plongeon a bien une jolie terrasse et des fûts qui coulent, mais le réduire à une microbrasserie serait passer à côté de l’essentiel : ici, la cuisine est travaillée avec autant de soin que les bières. Le menu ardoise change avec la saison et mérite le détour à lui seul, quelque part entre le bistro et la table du terroir. On y croise un gravlax de cerf aux épices boréales relevé de pimbina et de bleuet, des ris de veau posés sur un risotto d’orge et asperges, un boudin du Béarn avec sa compotée de pommette, ou des casarecce nappés d’une sauce à la Tomme de Grosse-Île. Le fromage de l’Île aux Grues, les crevettes nordiques, la caméline : le local n’est pas un argument marketing, il occupe une vraie place dans chaque plat. Le Plongeon a choisi de s’installer un peu plus loin, en campagne, et c’est quelque chose qu’on a apprécié ! On se sentait en vacances, loin de la ville et du brouhaha. Avec sa jolie vue sur la nature campagnarde, c’est un petit havre de paix caché.
Saint-Cyrille-de-Lessard
Les Argiles
Si votre itinéraire vous mène à L’Islet un dimanche, faites un détour par Les Argiles. Le brunch qu’on y sert vaut à lui seul l’arrêt, et c’est seulement le dimanche qu’on peut le déguster. Installée au bord du fleuve, cette table célèbre les produits d’ici avec une simplicité qui laisse toute la place à leur qualité. Diane, la propriétaire, est bien plus qu’une hôte : elle est une véritable ambassadrice de sa région. Elle connaît les producteurs par leur prénom, raconte leur travail avec une passion désarmante et compose des repas qui suivent le rythme des récoltes et des arrivages. Presque tout ce qu’on met dans l’assiette vient d’ici (en fait, tout sauf le café!). Le reste de la semaine, Les Argiles ouvre ses portes sur réservation pour des groupes de 8 à 45 personnes, autour d’un menu créé spécialement pour l’occasion. On vient ici pour bien manger, évidemment, mais aussi pour vivre un moment profondément humain. Entre deux bouchées, on découvre les histoires derrière les ingrédients, les artisans qui les cultivent et tout l’amour que Diane porte à son territoire.
Saint-Roch-des-Aulnaies