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Chloé Migneault-Lecavalier est une des meilleures chocolatières en ville. À partir d’un petit local dans Pointe-Sainte-Charles, sa collègue Loïse Desjardins-Petrone et elle-même créent des chocolats raffinés magnifiquement décorés. Rencontre avec une moitié de Lecavalier Petrone.

À l’âge de six ans, la famille de Chloé part s’installer en Californie. C’est le début d’une série de déménagements alors que les Migneault-Lecavalier suivent le paternel partout où son boulot le mène. Ils passeront par Londres et Ottawa puis feront un bref retour à Montréal avant de repartir pour la France. Lors de ce dernier séjour qui dure trois ans, Chloé, alors âgée de 14 ans, se soumet à un test d’orientation professionnelle. Le résultat tombe. Elle sera chocolatière. À l’époque, sa famille et elle trouvent ça vraiment drôle. « Voir que tu vas devenir chocolatière un jour ! Finalement, c’est ça que je fais aujourd’hui. » (Rires).

En 2002, Chloé et sa famille reviennent au Québec — cette fois pour de bon — juste à temps pour le CÉGEP. « Comme étudiante, je travaillais dans un petit fast-food du village où j’habitais en Montérégie. Je faisais les poutines, les clubs sandwichs et les “deux-œufs-tournés-bacon”, mais j’aimais les rushs de service, l’adrénaline et le travail en équipe. » Cette découverte du monde de la restauration la pousse à s’inscrire en gestion à l’Institut du tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ). Rapidement, Chloé comprend que c’est davantage le côté pratique de la restauration qui l’intéresse. « Les cours de nutrition et de gestion m’ont fait décrocher. Je suis partie travailler comme plongeuse au Centre des Congrès et aide-cuisinière dans une résidence pour personnes âgées. »

Chloé prend alors la décision de retourner à l’ITHQ pour découvrir l’art de la cuisine italienne. En sortant de l’école, elle déniche des boulots dans les cuisines des restaurants italiens montréalais Graziella et Buonanotte. « Je me ramassais souvent au garde-manger. Des fois, je devais faire des desserts et je n’étais vraiment pas bonne. » Insatisfaite de ses créations pâtissières, elle fait preuve de résilience et retourne pour une troisième fois sur les bancs d’école de l’ITHQ. « J’ai décidé de m’inscrire en pâtisserie pour mieux comprendre et mieux réussir mes desserts. Finalement, je suis tombée en amour avec le métier et je ne suis plus jamais retournée en cuisine. »

Toujours en formation, elle trouve un boulot dans une petite chocolaterie de la Rive-Sud nommée À la truffe. « À l’école de pâtisserie, tu ne vois pas vraiment de chocolat. Or, comme mon premier job était en chocolaterie, on dirait que je suis restée accrochée ! ». Elle travaille À la truffe presque cinq ans. Pendant ces années, elle passe aussi quelque temps dans les ateliers de Fous Desserts, des Glaceurs et de Au pain dans les voiles. À La truffe, elle fait des rencontres déterminantes pour la suite des choses. Tout d’abord, Chloé côtoie la future cheffe-pâtissière du Bouillon Bilk et copropriétaire du restaurant Hélicoptère, Mélodie Pérez-Mousseau. Encore aujourd’hui, Chloé se rappelle de l’influence de ses collègues devenus mentors, comme Mélodie et Franck Dury-Pavet : « Des gens qui m’ont poussée à travailler plus fort ». C’est aussi À la truffe, qu’elle rencontre son amie et future partenaire d’affaires, Loïse Desjardins-Petrone.

« Quand on s’est rencontrées, la chocolaterie était pour nous une job d’étudiante. Loïse étudiait en design à l’époque. On a juste vraiment aimé travailler ensemble. Au fil du temps, on a grandi dans l’entreprise et on a appris à se connaître et à s’apprécier. À un moment donné, une photographe nous a approchées pour faire une table sucrée. C’était quelque chose qu’on n’avait jamais fait à la chocolaterie. Loïse et moi, on a tellement apprécié le projet qu’on s’est dit :  » Nous, un jour, on va partir quelque chose ensemble.  » ».

Début 2015, la chocolaterie Lecavalier Petrone voit le jour sur la Rive-Sud, chez Chloé. C’est avec une petite tempéreuse à chocolat, installée dans une chambre, que les deux filles se lancent dans la production de délices chocolatés. À cette époque, Chloé avait deux boulots, en plus de sa chocolaterie. Elle occupait le poste de cheffe-pâtissière à l’hôtel Les Trois Tilleuls tout en continuant à travailler Au pain dans les voiles. « C’était assez intense. Quand c’était le rush de Noël à la boulangerie, c’était le rush à l’hôtel et pour la chocolaterie aussi. On faisait des heures de fous… »

Très rapidement, avec les commandes qui s’enchaînent, la taille réduite des installations à domicile se fait contraignante. Il devient nécessaire de trouver un local « un peu plus MAPAQ ». Lecavalier Petrone déménage alors dans un petit atelier qu’elles partagent avec un café. En raison du succès grandissant de la chocolaterie, les 100 pieds carrés du nouveau local s’avèrent également rapidement trop restreints. Début 2017, Chloé et Loïse se donnent rendez-vous au Café Bloom dans Pointe-Saint-Charles — adresse où Tastet rencontre aujourd’hui la chocolatière. En s’y rendant, les deux jeunes entrepreneures passent devant un local à vendre, juste de l’autre côté de la rue. C’est le coup de foudre. « On ne pensait vraiment pas acheter, mais il était tellement parfait qu’on s’est dit qu’on ne pouvait pas passer à côté. »

« On a pris la décision de se lancer ! ». Cette décision marque la concrétisation de leur rêve de vivre un projet à deux, mais elle vient aussi avec une multitude de nouveaux défis. « Ça a été difficile, car il faut tout le temps prendre des décisions. Au départ, on dit oui à tout, vu qu’on a besoin de sous. Au fil des années, on a peaufiné notre offre pour définir ce qu’on aime faire. Et ce que j’aime faire. »

Justement, ce que Chloé apprécie dans le métier de pâtissier c’est la possibilité d’explorer tant son amour de la gastronomie que son côté créatif. En effet, les chocolats de Lecavalier Petrone sont de véritables œuvres d’art. La fibre artistique semble omniprésente dans la famille : une des sœurs de Chloé est comédienne et chanteuse, l’autre travaille dans le monde du design et leur mère dessine énormément. Pour sa part, ce que Chloé affectionne, c’est peindre dans les moules à chocolats. « Souvent les gens nous disent que nos chocolats sont trop beaux pour être mangés ; mais non, s’il vous plaît, mangez-les ! Je passe tellement de temps à les faire qu’il faut qu’ils soient mangés. » (Rires). Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Chloé peint uniquement ses créations chocolatées. « À force de me le faire dire, je pourrais peut-être essayer de peindre sur toile, », conclut-elle en  souriant.

Toujours avec en tête la table sucrée qui les a réunies, Chloé et Loïse ont conçu Lecavalier Petrone sur le thème du plaisir : « On voulait juste avoir du plaisir et savoir que les clients trippent sur nos produits. » En effet, l’atelier de la rue Centre permet à Chloé Migneault-Lecavalier de développer une relation de proximité avec les clients et le voisinage. Elle voit les clients goûter à ses produits, puis sourire de plaisir.

Lecavalier Petrone est une des meilleures chocolateries en ville. On y trouve une Chloé passionnée qui crée des chocolats débordant de couleurs : plaisir contagieux pour celles et ceux qui les dégustent.

© Photos Alison Slattery — Instagram — Merci à notre partenaire Cacao Barry de rendre possibles les portraits de ce site.


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