On situe rarement Lotbinière du premier coup sur une carte. C’est pourtant simple : la MRC commence à une quinzaine de minutes des ponts de Québec, sur la rive sud, et s’étire vers l’ouest le long du fleuve. Pour qui monte de Montréal, c’est la sortie qu’on dépasse toujours sans la prendre. On a décidé de la prendre, après avoir découvert Lévis.
Ce qu’on trouve derrière, c’est un territoire de rangs droits, de terres agricoles qui changent de couleur à chaque kilomètre et de villages avec une église, un casse-croûte et un marché. Le fleuve réapparaît par intermittence du côté nord, sur la route Marie-Victorin, entre deux rangées d’arbres. Les distances sont courtes : on passe d’un vignoble à une boucanerie en vingt minutes, et ces vingt minutes font partie de l’affaire, parce qu’on traverse les champs d’où sortent les produits qu’on vient de goûter. Bière, vin, canard, produits fumés, petits fruits, pain frais, café de village : on couvre beaucoup de terrain gourmand en une seule journée.
Ce qui nous a frappés dans Lotbinière, c’est à quel point les gens ici parlent de leur métier sans qu’on ait besoin d’insister. Un brasseur qui explique le traitement de son eau. Un chef qui coupe ses herbes à quelques mètres de notre table. Une vigneronne qui raconte ses premières plantations de 1998. Un boucher de troisième génération derrière son comptoir. On a poussé des portes qu’on n’aurait pas pensé pousser, dont une porte de garage dans un parc industriel. On a improvisé un pique-nique sur la terrasse arrière d’une boutique. On a goûté du cassis à quelques pas des plants.
C’est ce qui rend ce roadtrip intéressant : la bière, le vin, le canard, les fumaisons et le pain viennent tous d’ici, et on peut serrer la main de ceux qui les font. En collaboration avec Tourisme Chaudière-Appalaches, voici les adresses qu’on a aimées durant notre road trip dans Lotbinière !
Oxymore Microbrasserie
À Saint-Gilles, l’adresse d’Oxymore donne sur une rue des PME du quartier industriel et, devant nous, une porte de garage : on ne se douterait jamais qu’une microbrasserie se cache derrière. L’intérieur contredit complètement la façade, avec une salle accueillante et des propriétaires qui prennent le temps de tout expliquer. Et il y a beaucoup à expliquer, parce que leur bière est branchée sur le territoire jusque dans l’eau : ils partent de l’eau de Saint-Gilles, la traitent par osmose inversée pour en retirer les minéraux, puis reconstruisent le profil d’eau qui convient au style qu’ils veulent brasser. Le houblon vient lui aussi de la région, et le reste des ingrédients suit la même logique. C’est en discutant avec eux qu’on comprend pourquoi deux bières de la même maison peuvent avoir des personnalités aussi différentes. On recommande vraiment le plateau de dégustation, pour pouvoir savourer plusieurs de leurs produits!
Saint-Gilles
Domaine de l'Oie Toquée
Saint-Agapit est à moins de vingt minutes des ponts de Québec, ce qui rend presque étonnant le sentiment d’être à la campagne dès qu’on stationne devant le Domaine de l’Oie Toquée. On entre et on a surtout l’impression d’arriver chez quelqu’un : une salle chaleureuse et champêtre, quelques tables, et le chef qui vient nous parler. Gaston Couillard, passé par Le Galopin et Le Bonne Entente, a repris le domaine en 2003 et ouvert son resto champêtre à l’été 2009. C’était son rêve depuis longtemps et ça se ressent : la passion est partout. Il cuisine ce qu’il élève, ce qui pousse dans son potager en saison et des produits des environs, de sorte que le magnifique jardin devant la maison sert de garde-manger autant que de décor. Manger une herbe coupée à quelques mètres de sa table change quelque chose, et on comprend immédiatement sa vision du resto champêtre. Il n’y a pas plus local que ça! Le domaine reçoit aussi bien les tables individuelles que les groupes, on réserve 24 à 48 heures d’avance, et le gîte de trois chambres permet de rester à souper sans compter les kilomètres du retour. L’arrêt parfait pour un road trip de quelques jours : on vient manger et dormir ici, puis on reprend la route le lendemain.
Saint-Agapit
Le Canard Goulu
Un de nos gros coups de cœur du trajet se trouve au bout d’un rang de Saint-Apollinaire. L’entreprise familiale a été fondée en 1997 par Sébastien Lesage, et sa boutique occupe aujourd’hui le tout premier poulailler de la ferme! On y trouve des rillettes, des magrets, des terrines, des confits et le reste de la production maison, mais surtout des gens qui connaissent leurs produits par cœur et qui demandent ce qu’on a envie de cuisiner avant de conseiller quoi que ce soit. Derrière, il y a une petite terrasse vraiment mignonne, où l’on peut s’installer avec son propre lunch. On est entrés pour acheter deux ou trois choses et on est ressortis avec un pique-nique improvisé, complété sur place par ce qu’on venait de choisir. C’est exactement le genre d’arrêt qu’on aime faire sur la route.
Saint-Apollinaire
Vignoble Le 10-vin
Toujours à Saint-Apollinaire, sur le rang Marigot, Le 10-Vin est une toute jeune entreprise familiale qui assume complètement son côté artisanal. Caroline, professeure d’arts, a signé une bonne partie de l’identité visuelle du vignoble, des étiquettes jusqu’à la murale qui accueille les visiteurs, et ça donne au lieu une personnalité qu’on ne voit pas souvent dans un domaine de cette taille. La première cuvée est maintenant disponible et se goûte sur place, entre les hamacs et les tables à pique-nique. Le vignoble cultive 14 variétés de raisins, dont six destinées à la table, qu’on peut venir cueillir soi-même quand la saison le permet. Pendant les vendanges, on peut aussi donner un coup de main comme bénévole, ce qui reste la façon la plus honnête de comprendre le travail derrière une bouteille. On y viendrait facilement passer un après-midi complet d’été plutôt que d’y faire un simple arrêt pour repartir avec une bouteille.
Saint-Apollinaire
Charloise (La)
Sur la route Saint-Eustache, dans la municipalité de Lotbinière, La Charloise fait pousser à peu près tout ce qui peut pousser ici. Charlotte Reason et Charles L’Écuyer ont acheté la terre en 1997 et commencé à planter dès l’année suivante : des milliers de bleuetiers, des cassissiers, des groseilliers et, au fil des ans, quelques milliers de vignes. Ça fait d’eux des pionniers de la viticulture dans Lotbinière, et ça s’entend dans leur façon de parler des saisons. À la boutique, on passe des vins du domaine au vin de cassis, puis aux gelées, confitures et sirops tirés des mêmes plants, et la dégustation devient vite une visite guidée des champs qu’on aperçoit par la fenêtre. On a surtout aimé pouvoir suivre un même petit fruit du plant au verre sans quitter la propriété. Avec l’aire de pique-nique et l’autocueillette de bleuets et de cassis en saison, c’est une halte à ne pas manquer.
Lotbinière
Café Lotbinière
Au village de Lotbinière, le Café Lotbinière occupe le Pôle agroalimentaire et joue le rôle du café de village qu’on espère toujours croiser entre deux arrêts. C’est un café-boulangerie-resto simple et soigné, où les sandwichs, les soupes maison et les viennoiseries mettent en valeur ce qui se produit autour. Devant, L’Escale anime le cœur du village avec son mobilier peint par des artisans, son piano public et sa barque, et l’été, ça devient l’endroit logique où s’asseoir avec son café. Il arrive aussi qu’on y propose des formules spéciales, comme un thé à l’anglaise. En plein milieu d’une journée de route, c’est la pause qui remet tout le monde de bonne humeur.
Lotbinière
La boucanerie Del Tonio
À Sainte-Croix, sur la route 132, on sent la Boucanerie Del Tonio avant de la voir, tellement l’odeur de fumée s’installe jusque dans le stationnement. Anthony Blanchet fume tout sur place, du bacon maison à l’effiloché de porc en passant par le brisket, le gravlax et la morue, et cette patience se goûte dans la profondeur des viandes. Les pilons de poulet confits au gras de canard, fumés puis frits, sont le genre de bouchée qu’on recommande une fois qu’on y a goûté, et le fish & chips mariné à la bière locale suit de près. Le menu change régulièrement, ce qui donne une bonne raison de revenir, et les portions sont franchement généreuses. La terrasse donne sur la Route des Navigateurs et se remplit vite les beaux jours, entre les autos et les motos qui font le même trajet que nous. C’est exactement le type de restaurant qu’on espère croiser en road trip.
Sainte-Croix
cabane du boucher
Saint-Antoine-de-Tilly fait partie de ces villages du bord du fleuve où on ralentit naturellement, et la Cabane du Boucher se trouve sur la rue de l’Église. C’est une cantine-charcuterie de troisième génération, tenue par Alexandre, boucher-charcutier, et cette double nature explique tout : on commande un casse-croûte au comptoir, mais la viande sort de la même maison que les charcuteries à l’ancienne vendues juste à côté. Le burger du boucher, avec bacon, oignons, cornichons, fromage et sauce BBQ maison, résume assez bien la philosophie de la place. Les frites arrivent chaudes, les poutines sont généreuses et il y a des bières de microbrasserie pour aller avec. Si on est plusieurs, le plateau de charcuteries vaut le détour, ne serait-ce que pour goûter ce qu’un boucher fait quand il a le temps. Après une journée à rouler entre les fermes, finir par un casse-croûte préparé avec les produits du coin, c’est plutôt cohérent.
Saint-Antoine-de-Tilly