Donna’s : délicieuse adresse de Lansdowne Avenue

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Il n’y a pas de Donna. Il n’y en a jamais eu. Mais si elle existait, disent les propriétaires, ce serait « une jeune grand-mère amusante » qui a dansé dans les discothèques et qui parcourt aujourd’hui le monde. « Elle serait plutôt éclectique, chaleureuse, et elle voudrait prendre tout le monde dans ses bras », raconte le copropriétaire Jed Smith. Cet esprit inventé guide chaque décision prise dans cette adresse de Lansdowne Avenue depuis son ouverture en novembre 2018, et près de huit ans plus tard, l’endroit lui ressemble encore en tous points.

Trois anciens de Momofuku ouvrent un café

Jed Smith, Peter Jensen et Ann Kim se sont rencontrés en travaillant au Momofuku de Toronto, même si Jed et Peter s’étaient d’abord croisés au Momofuku de New York, en 2012. Peter a ensuite ouvert Grey Gardens, tandis que Jed est resté au Momofuku Shōtō. En 2017, le trio cherchait un local bien à lui. Ils ont trouvé un petit café de jour, Hello Darling, sur un tronçon tranquille de Lansdowne Avenue, dans le quartier Wallace-Emerson, tout près de là où Ann et Peter habitaient à l’époque.

« On l’a repris, on a un peu tout fait nous-mêmes, et on a ouvert très vite », se souvient Jed. Au début, c’était le dîner seulement, sans permis d’alcool. Puis les clients ont suivi. Ils ont obtenu leur permis d’alcool, ouvert le soir, et la ville est tombée sous le charme. Ensuite, la pandémie est arrivée, et ils y ont survécu aussi. Aujourd’hui, Donna’s roule toute la journée, de 9 h jusqu’au souper, du mardi au samedi, sans fermer entre les services. Le déjeuner devient le dîner, qui devient le souper, dans un même élan continu.

Une salade verte qui vous réconciliera avec les salades

Le menu de Donna’s se lit comme de la cuisine maison, mais signée par des chefs formés dans certaines des plus grandes cuisines du monde. Jed vient d’Angleterre, Peter du Danemark, et leurs années en Amérique du Nord ont tissé toutes ces influences en quelque chose de chaleureux, de familier et de discrètement surprenant.

« On dit toujours que c’est comme de la cuisine maison, mais faite par des chefs experts », explique Jed. « Il y a toujours un petit quelque chose d’inhabituel qui pique la curiosité des gens. »

Les classiques forment l’ossature. Le sandwich au rôti de bœuf du midi est légendaire (« le plus grand rôti de bœuf de tous les temps », selon l’équipe). La salade verte a l’air toute simple, presque la définition du dictionnaire d’une salade, mais sa vinaigrette au beurre noisette et à la sauce soya, avec sumac et haricots marinés, livre une saveur qui prend complètement au dépourvu. Et le foie d’agneau sur toast est au menu depuis le premier jour et n’en a jamais bougé.

Il y a ensuite les plats de saison qui reviennent année après année, comme de vieux amis. Les clients attendent le printemps pour la salade de pois et l’hiver pour le sticky toffee pudding. C’est un menu qui récompense la fidélité.

Kitsch de la fin des années 80 et mur-galerie tournant

Le décor de Donna’s est éclectique au sens propre. Assiettes dépareillées, bibelots de friperie, meubles vintage, musique funky et une atmosphère générale qui assume le kitsch de la fin des années 80 et des années 90 sans jamais en faire trop. Le trio n’a pas englouti une fortune en design, et ça se voit, pour le mieux : le bar en lambris, les planchers de lino, le présentoir à vinyles, la jungle de plantes en pot, tout semble sincèrement personnel plutôt que conçu par une firme.

Une galerie d’art tournante sur le mur change toutes les six semaines et attire une belle foule issue de la communauté artistique et créative. Le jour, de grandes fenêtres inondent la salle de lumière naturelle. Le soir, les lumières se tamisent et l’énergie change : douillet, chaleureux, plus soirée en amoureux que souper de groupe, même si les anniversaires y sont fréquents.

« C’est un endroit où tu amènes tes parents », ajoute Jed. Ça en dit long.

Du vin sans culpabilité

La carte des vins de Donna’s est un travail d’équipe, bâtie à trois par les propriétaires. Elle penche vers le nature, mais a évolué au fil des ans vers un mélange plus équilibré de nature et de classique.

« Quand on a commencé, tout le monde voulait des trucs bizarres et funky », explique Jed. « Mais on a vieilli, et nos goûts ont vieilli avec nous. »

Les marges sont volontairement basses. « On veut que les gens boivent du vin sans se sentir mal d’avoir dépensé 150 $ pour une bouteille », dit Jed. « Un bon rapport qualité-prix, je dirais. » La carte de cocktails est courte, environ cinq options, toutes des classiques ou des variations subtiles, et les demandes hors menu sont les bienvenues s’ils ont l’alcool sous la main.

Les habitués qui ne sont jamais partis

Après près de huit ans, ce dont l’équipe de Donna’s est le plus fière n’est ni une critique ni un prix. Ce sont les habitués.

« On a des clients qui viennent chez nous depuis le premier jour », dit Jed. « On les voit chaque semaine, aux deux semaines, selon leur horaire. On les connaît par leur nom, et on les prend dans nos bras la plupart du temps. »

Et parfois, un jour de semaine ordinaire, on lève les yeux, la salle est pleine, et on se demande d’où viennent tous ces gens. « On a bâti quelque chose que les gens veulent », dit Jed. « Et ils veulent venir profiter de ce qu’on leur offre. »

Le personnel est resté aussi, certains depuis le tout premier jour. Et les trois propriétaires ? Ils s’entendent toujours bien. « C’est important », rit Jed. Ça l’est.

 


Photographié par Scott Usheroff (Craving Curator)





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