Aloette : le diner rétro chic de Toronto

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Il y a un moment, en mettant les pieds chez Aloette pour la première fois, où l’équation ne semble pas tenir debout. Et c’est exactement là tout l’intérêt. Du vieux hip-hop tourne sur une platine vinyle. Le bar coiffé de cuir patiné brille doucement, marqué par les années. Une serveuse passe en coup de vent avec une tarte au citron meringuée vertigineuse, à peine flambée, encore tremblotante. Et tout ça, c’est le restaurant décontracté de l’équipe derrière la table gastronomique la plus encensée au pays.

Un diner signé par l’équipe gastronomique la plus acclamée du pays

Aloette a ouvert ses portes le 17 octobre 2017, au rez-de-chaussée du même bâtiment patrimonial qui abrite Alo, le célèbre restaurant gastronomique de Patrick Kriss installé au troisième étage. Mais réduire Aloette à une « petite sœur » d’Alo serait passer à côté du propos. Sans le nom partagé, on ne devinerait probablement même pas qu’ils sont apparentés. (Ce titre de petite sœur spirituelle revient plutôt à Alobar Yorkville, où Kriss propose des plats exécutés avec une rigueur similaire, mais dans un format plus détendu que le menu dégustation d’Alo.)

Aloette, c’est tout autre chose : un diner rétro haut de gamme, et assumé comme tel. Le fait qu’une des équipes gastronomiques les plus décorées du Canada se soit lancée dans un diner, avec toute la précision et le contrôle qualité que cela implique, fait partie de ce qui rend l’endroit discrètement remarquable.

Quand l’espace du rez-de-chaussée s’est libéré, Kriss et son partenaire d’affaires Zane Pearl y ont vu l’occasion de construire quelque chose de différent : le genre d’endroit où ils avaient eux-mêmes envie d’aller manger après le travail.

« Le concept d’Aloette s’est bâti autour du type d’expérience qu’on recherche quand on sort manger », explique l’équipe. « Un menu avec un excellent burger, accompagné d’une carte des vins amusante et bien pensée, un service précis mais sincère, et une ambiance énergique soulignée par une trame sonore de vieux hip-hop. »

Tuiles penny, plafond de cuir et un wagon qui ne va nulle part

Le studio Commute Design a façonné la salle de 38 places pour qu’elle évoque presque parfaitement un wagon-restaurant vintage en pleine course. Le plancher est pavé de tuiles penny multicolores. Un plafond voûté tapissé de cuir s’étire au-dessus de la salle. Un long comptoir et des banquettes rétro bordent l’espace, le tout réuni par des tons chauds.

C’est une pièce qui se sent à la fois nostalgique et neuve, le genre d’endroit où on pourrait s’imaginer en 1965 ou en 2025 sans que ça ne détonne.

Possiblement le meilleur burger en ville

Aloette détient son statut de Recommandé Michelin depuis le lancement du guide Toronto en 2022, et une bonne partie de cette réputation repose sur ce qui pourrait passer pour le plat le plus simple du menu : le Aloette Burger. C’est, fort possiblement, le meilleur burger à Toronto. On l’oublie souvent dans la conversation, ce qui est étrange vu sa qualité, même si on sent les signes d’un retour en force. Aucun gadget, juste une cuisine formée à la haute gastronomie qui applique cette rigueur à un cheeseburger. Le résultat parle de lui-même.

Mais le menu va bien au-delà de la nostalgie diner. Le chef exécutif An Hoang, qui a débuté comme étudiant de George Brown chez Alo avant de gravir tous les postes, supervise à la fois Aloette Spadina et le plus récent Aloette Bay. Aux côtés du chef de cuisine Alan Wang et du sous-chef Enzo Liu, l’équipe construit des plats qui circulent avec fluidité entre le réconfort et la curiosité : une salade iceberg en quartier, aussi nette et croquante que celles des classiques, puis un tartare de thon coiffé de perles de ponzu, de gingembre et de shiso, qui appartient à toute une autre tradition. La courge musquée arrive en cubes croustillants, couronnés de pepitas confites et d’une hollandaise au beurre noisette.

« D’autres plats du menu mettent en vedette des ingrédients du monde, au sommet de leur saison », précise l’équipe. Les classiques de diner ancrent la carte ; les plats saisonniers la gardent bien vivante.

Et puis il y a la tarte au citron meringuée, vertigineuse, flambée à la torche, devenue tout aussi emblématique de l’identité d’Aloette que le burger lui-même.

Le brunch, version sans clichés

Le brunch de fin de semaine apporte ses propres signatures : un Brunch Burger garni de bacon, de cheddar blanc, d’oignons marinés et d’un œuf au plat ; le poulet frit et gaufres Aloette ; et un Carne Asada and Eggs parfaitement à sa place dans une cuisine qui traite toutes les traditions avec respect. Le service du midi le vendredi est aussi offert, une rareté pour un restaurant de ce calibre.

Cocktails secs et bien tassés, et une carte des vins qui frappe fort

La directrice générale Amanda Sullivan veille au programme des vins, plus réfléchi et plus étoffé que ce qu’on s’attendrait à trouver dans un diner de 38 places. La carte fait la part belle aux producteurs en biodynamie aux côtés de cépages classiques, avec une rotation assez fréquente pour que les habitués aient toujours quelque chose de nouveau à découvrir.

La carte des cocktails reste courte et corsée, des classiques avec un point de vue. Le Painted Water, un favori des clients, part d’une base de vodka gimlet, puis se déploie en couches de poivre blanc, de feuille de lime et de verjus. Le genre de verre qu’on commande facilement deux fois.

« Les cocktails d’Aloette sont courts et bien tassés, inspirés des classiques », précise l’équipe. Pas d’acrobaties de garnitures, pas de menu en forme de roman, juste des verres bien construits.

Un carrefour, par choix

L’emplacement n’est pas un hasard. L’intersection Queen et Spadina se trouve au croisement du marché Kensington, du Quartier chinois, du centre-ville et de Queen West : quatre quartiers, chacun avec son propre tempo, qui convergent sur un seul coin de rue. Cette diversité a façonné Aloette dès le départ.

« Chacun de ces quartiers apporte une pièce de ce qui rend la culture torontoise si distinctement extraordinaire », dit l’équipe, « et a contribué à façonner l’esprit énergique et international d’Aloette. »

En entrant dans la salle un vendredi soir, avec le hip-hop sur la platine et la cuisine qui tourne à plein régime, difficile de contredire ça. Aloette refuse de rentrer proprement dans une case : pas tout à fait un diner, pas tout à fait un bistro, pas tout à fait un bar de quartier. C’est tout ça à la fois, tenu ensemble par une équipe qui sait exactement ce qu’elle fait. Huit ans plus tard, le plaisir n’a pas pris une ride.


Photographié par Daniel Neuhaus





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