Song : une cuisine thaïe audacieuse sur East Broadway

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En thaï, song signifie « deux », et le nom renvoie directement aux racines du restaurant. Song est le deuxième chapitre de Kin Kao, le restaurant thaï de Commercial Drive, mais avec d’autres propriétaires. Le copropriétaire Terrence Feng a passé des années à façonner le projet. Pour le mener à terme, il a fait appel à Dave Loeuy, son ami depuis l’âge de 12 ans. Ce dernier travaillait alors dans le Nord avec sa jeune famille, et l’offre l’a ramené à Vancouver à titre d’associé.

Un cadet au style bien à lui

Ce lien de parenté a semé un peu de confusion au début, des clients réservant à une adresse pour se présenter à l’autre. L’équipe a choisi de garder Song comme nom principal, avec « (by Kin Kao) » entre parenthèses pour que les convives sachent qui se trouve derrière.

Conçue par Scott & Scott Architects, la salle reprend les matériaux et les couleurs de son aîné de Commercial Drive. Le bois donne le ton, choisi pour sa chaleur et pour la patine qu’il prend avec les années, et les finis épurés laissent toute la place aux assiettes.

À table, Song trace sa propre voie. Dès le premier jour, le copropriétaire souhaitait une expérience sans distractions, sans livreurs qui franchissent la porte. Le restaurant n’a jamais offert de commandes à emporter ni de livraison : c’est un endroit où l’on s’assoit, où l’on mange bien et où l’on passe du temps entre amis autour de plats à partager. L’approche a attiré l’attention du Guide Michelin peu après l’ouverture, et Song détient un Bib Gourmand depuis la toute première édition du guide à Vancouver.

Un menu fidèle à ses favoris

Près d’une centaine de recettes ont été goûtées avant que l’équipe de Song n’arrête son menu d’ouverture. Environ 70 % de ces plats sont encore servis aujourd’hui, tandis que le reste évolue au fil des saisons. Le toast aux crevettes ne quitte jamais la carte : un pain au lait biologique de Fife Bakery, tartiné d’un mélange de crevettes, d’œuf et de sésame, puis frit jusqu’à ce qu’il soit bien doré. La seule semaine où il a disparu, faute de pain au lait livré par la boulangerie, les clients n’ont pas tardé à le réclamer.

Le tom yum aux crevettes est le plat le plus affirmé du menu. Il arrive en hot pot, dans un format pensé pour quatre ou cinq personnes. Seule la base est préparée à l’avance, sans aucun assaisonnement; tout le reste est ajouté au moment de la commande, du galanga à la citronnelle en passant par les feuilles de lime. C’est ainsi que le tom yum se partage à table en Thaïlande, et le servir autrement n’a jamais eu de sens pour l’équipe. « Il faut le faire comme en Thaïlande », souligne le copropriétaire de Song.

Le pad thaï repose sur des nouilles importées de Bangkok, prisées pour leur texture élastique, sautées dans une sauce maison au tamarin avec du tofu pressé, du navet mariné et de minuscules crevettes séchées. Autour, le menu ratisse large. Les ailes laab arrivent coupées en deux, frites et saupoudrées d’un assaisonnement acidulé du nord de la Thaïlande, et la salade de pomelo gagne en croquant grâce aux échalotes croustillantes, à la noix de coco râpée et aux noix de cajou. Un cari vert au jarret de bœuf fondant et un généreux riz frit au crabe complètent la table. Au dessert, le lod chong superpose granité à la noix de coco, filaments de pandan maison, jeune noix de coco, maïs et taro, tandis que le riz gluant à la mangue prend une teinte bleutée grâce à la fleur de pois papillon. Pour qui préfère laisser la cuisine décider, un menu familial à partager est aussi proposé.

Un accord qui coule de source

La carte des cocktails est signée Tara Davies, propriétaire du bar Chupito. Un cream soda au riz grillé tire parti des restes de riz, le martini au litchi doit son mordant à la saumure du fruit mariné, et le Tom Kah marie la tequila à la feuille de lime, au galanga, au gingembre et à une mousse coco-pandan. Côté sans alcool, une boisson glacée à la papaye verte met à profit les tiges d’herbes thaïes. Des vins nature ainsi que des bières et des cidres artisanaux locaux complètent l’offre.

Une équipe qui façonne le menu

Même avec son noyau de plats phares, le menu de Song reste ouvert aux nouvelles idées. Plusieurs naissent au repas du personnel, partagé pendant le long moment passé à nettoyer et à jaser après le service, ou reviennent de voyage : le copropriétaire se rend régulièrement à Bangkok, et chaque membre de l’équipe qui a fait un repas mémorable, thaï ou non, est invité à proposer une idée qui s’en inspire. La cuisine y apporte ensuite sa propre touche, et les plus prometteuses sont servies en plat du jour, pour rester au menu si la clientèle les adopte. L’équipe de salle est restée remarquablement stable au fil des ans, ce qui garde l’accueil aussi chaleureux que chez soi. Soir après soir, la salle se remplit d’habitués qui reviennent pour une deuxième portion, ce qui sied bien à un restaurant dont le nom signifie deux.


Photographié par Melody Lu and Nick Ma





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