N.L. Ginzburg : une trattoria italo-juive sur College Street
N.L. Ginzburg
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548 College Street Toronto M6G 1B1
+1 416-929-4646 -
Lundi: Fermé
Mardi: 5:00 PM – 11:30 PM
Mercredi: 5:00 PM – 11:30 PM
Jeudi: 5:00 PM – 11:30 PM
Vendredi: 5:00 PM – 11:30 PM
Samedi: 5:00 PM – 11:30 PM
Dimanche: Fermé
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À l’extrémité est de College Street, dans un tronçon tranquille de Little Italy, une trattoria pas comme les autres a ouvert ses portes en novembre 2025. N.L. Ginzburg explore ce que devient la cuisine italienne lorsqu’elle est lue à travers le prisme de la diaspora juive européenne. La reconnaissance critique est venue vite : 6e position au palmarès Canada’s 100 Best 2026, des débuts fulgurants pour un restaurant qui vient à peine de souffler sa première bougie.
Le modèle Kolomeir, Imola, Eves
C’est le troisième chapitre torontois de Carmelina Imola, du chef Zachary Kolomeir et de Tristan Eves, après Dreyfus (recommandé par le Michelin) et Taverne Bernhardt’s. Chaque adresse du trio rend hommage à une figure juive européenne marquante. Dreyfus pour Alfred. Bernhardt’s pour Sarah. Et maintenant N.L. Ginzburg, qui condense les initiales de Natalia et Leone, un couple antifasciste italien dont l’histoire mérite d’être racontée (on y revient plus bas). La cohérence du projet est totale. L’équipe ne réinvente pas un concept à chaque ouverture, elle prolonge à Toronto une ligne de pensée amorcée au Joe Beef, à Montréal, où Kolomeir a fait ses classes avant de s’installer à Toronto en 2018.
Une salle pensée pour la lumière des chandelles
L’espace se déploie en profondeur, tamisé, chaleureux. Boiseries riches, planchers de terrazzo, banquettes vintage, chaises Simonetti d’origine de 1980 dénichées une à une. Aux murs, une collection d’art volontairement éclectique : affiches de cinéma italien, peintures à l’huile religieuses, portraits de chiens. On y ressent l’esprit d’une trattoria familiale, transposé dans le Toronto contemporain.
L’atmosphère prend tout son sens à la tombée du jour, quand la lueur des chandelles accroche le terrazzo et que la salle s’anime. Le service est attentif sans être lourd, dans le ton des autres adresses du groupe. C’est le genre d’endroit qui invite à s’attarder, à commander un dernier verre plutôt qu’à céder sa table.
Charbon, pâtes du jour et saison
La cuisine repose sur trois piliers. Un gril au charbon de bois, des pâtes fraîches roulées chaque matin et un approvisionnement canadien hyper saisonnier. Le chef parle d’abord des circuits courts, et le menu change au gré des arrivages.
Du côté des antipasti, l’aubergine soyeuse au pesto est l’entrée toute désignée : soyeuse, généreuse, équilibrée par un pesto préparé à la commande. Les haricots verts arrivent dans une crème de noisette avec des copeaux de ricotta salata. La salade de laitue croquante, pecorino et pistache fait office de nettoyant de palais entre les services. Le crudo de thon mise purement sur la qualité du poisson.
Les tagliatelles au ragù de canard local sont l’une des signatures. Des pâtes parfaitement al dente, un ragù à la longue finale, sans excès de gras. Plus haut dans le menu, la bistecca alla Fiorentina, un T-bone de 40 oz assaisonné simplement de sel et de poivre, sort du gril avec une croûte foncée et un cœur saignant, fini d’un filet d’huile au romarin. C’est l’archétype de la cuisine italienne sans flafla, où la qualité du bœuf fait tout le travail.
L’autre plat à signaler : le liver toast, un clin d’œil simultané aux fegatini ebraici toscans et au chopped liver ashkénaze. La double référence n’a rien d’accidentel. Tout le menu fonctionne ainsi, en miroir entre deux héritages.
Pour terminer, demandez les rugelach ou l’assiette de biscotti italo-juifs, selon l’humeur. Pendant le temps des fêtes, l’équipe orchestre des Feasts of the Seven Fishes, leur version torontoise d’une tradition italo-américaine.
Une carte des vins qui sort de l’Italie
Pour une trattoria, la carte des vins refuse de rester sur la péninsule. Petits producteurs, fermes biologiques, relations directes avec les vignerons. Le choix se justifie par les protéines grillées de la maison, qui appellent parfois des rouges structurés venus d’ailleurs.
Du côté des cocktails, on trouve des classiques de Milan et de Turin revisités avec des produits ontariens. Le Vesper arrive avec un gin infusé aux fraises de saison. Le Levi Collins joue, clin d’œil compris, sur les codes de la communauté juive. Le Bona Notti, un gin aux fraises, accompagne la nuit en douceur.
L’hommage à Natalia et Leone
Le nom du restaurant n’est pas une figure de style. Natalia Ginzburg, née Natalia Levi à Palerme en 1916, est l’une des grandes voix de la littérature italienne du 20e siècle. Père italien et juif, mère catholique, élevée à Turin. Prix Strega 1963 pour Lessico Famigliare. Son mari Leone, un juif russe d’Odessa, dirigeait le mouvement antifasciste clandestin Giustizia e Libertà à Turin. Ils se sont mariés le 12 février 1938, l’année des lois raciales italiennes. Leone est mort en détention en 1944, à 34 ans, après avoir été torturé. Donner leur nom à un restaurant qui célèbre la cuisine italo-juive ancre l’adresse dans une mémoire.
La 6e place au Canada’s 100 Best 2026 est un signal clair. La cuisine du chef Kolomeir parle à un large public, sans jamais sacrifier sa précision historique. À découvrir maintenant, avant que la liste d’attente ne s’allonge.
Écrit par Jean-Philippe Tastet
Photographié par Scott Usheroff (Craving Curator)