À la tête du Chouchou, le comptoir qui a conquis Limoilou dès son ouverture au printemps 2026, Frédéric Samson et Marie-Ève Massicotte forment un couple dans la vie comme au travail. Leur histoire est indissociable de La Planque, l’adresse qui a contribué à faire de la 3e Avenue une destination gourmande, et du Cendrillon, sa voisine festive.
La restauration a toujours fait partie de la vie de Frédéric, qui étudie pourtant en relations industrielles, puis en administration. Au sortir de l’université, une occasion se présente: en 2012, il ouvre La Planque dans un ancien fleuriste de la 3e Avenue, à une époque où le quartier compte encore peu de restaurants. En 2015, il cofonde Le Cendrillon, la buvette voisine, avec ses amis Carl Dumas et Joffrey Beaulieu.
Marie-Ève, elle, entre à La Planque à l’ouverture et n’en repart jamais vraiment: diplômée en communication, elle concilie l’emploi de bureau et le service du soir, incapable de se résoudre à quitter sa deuxième maison. C’est là que le couple se forme. Deux enfants plus tard, l’envie de se réaliser à nouveau mène au Chouchou, installé dans un local qui a longtemps abrité une sandwicherie de quartier et qui était déjà pour eux chargé de souvenirs. « Il y avait un petit comptoir caché en avant qu’on appelait entre nous la zone de l’amour. On l’a gardé: c’est maintenant le plus beau spot, avec la vue sur la 3e Avenue. »
Frédéric en est l’unique propriétaire, mais tient à le préciser: « Tout le monde s’est tellement impliqué qu’on peut dire l’équipe du Chouchou. »
Les sandwichs du Chouchou Limoilou
C’est quoi le Chouchou?
Le menu a été développé avec Thomas Barry, chef de La Planque, et est mené au quotidien par le chef William Martineau. « Tout est parti des staff meals de fin de soirée à La Planque. Le kimchi de Tom, sa technique de poulet frit, mon amour des sandwicheries et des burgers: on a fait des tests, puis c’est ça qui faisait du sens. »
« On fait du volume pour la première fois, mais on veut rester le plus artisanal possible. On apprend à s’amuser avec la machine à crème molle: je pense que nos idées les plus folles s’en viennent. » — Frédéric Samson
Les producteurs de longue date suivent l’aventure. « Le pain des burgers, c’est notre recette, développée avec Pascal le boulanger, avec de la fécule de pomme de terre, du beurre et des œufs. Borderon nous fait le pain au lait japonais. La viande, un croisement Highland et Wagyu maturé plus d’un mois, vient de la boucherie Croc-Mignon, juste à côté du Chouchou. »
Le décor, chiné et pensé par le couple, assume pleinement son esprit mid-century. « Ce sont toutes des choses qu’on aime, mais qu’on ne se permettrait pas chez soi parce que c’est trop audacieux. On voulait que ce soit différent, éclaté, que ça nous ressemble. » L’arrière du bâtiment est en chantier: une vraie salle à manger doit s’ajouter en novembre 2026, avec « des surprises ». « C’est un gros jouet, le Chouchou. On a vraiment du fun. »
Le décor du Chouchou Limoilou, crédit photo : Trsto-Media
Vos tops 5 recommandations d’adresses gourmandes à Québec?
#1 – Le 101, Saint-Roch
Au 101, rue Saint-Joseph Est, le resto de quartier de Charles Gignac est une évidence pour Frédéric, qui connaît le chef depuis le secondaire. « C’est une deuxième maison. Je sais par où il est passé, et à travers sa rigueur de technique française, son histoire transparaît à fond. Quand je mange là, je revois ma vie à chaque bouchée. » Une table soignée mais familiale, où les enfants sont les bienvenus.
Le 101 restaurant, crédit photo : Vincent Caron
#2 – Lueur, Vieux-Québec
La petite sœur du Laurie Raphaël réunit plusieurs visages familiers: Frédéric a fait ses classes avec Raphaël Vézina, le chef en poste est un ancien sous-chef de La Planque, en plus, l’œuvre au plafond est signée par Marie-Ève. « Amitié mise à part, l’expérience est vraiment le fun, le service est convivial et la bouffe, exceptionnelle. »
Le décor du Lueur, crédit photo : Prestige
#3 – Les Ouches, Île d’Orléans
Jeune vignoble de l’île, où un petit menu de saison se décline en bouchées à emporter ou à savourer sur place, dans les vignes. Cépages vinifera, cuvées nature, bulles: « Simple, efficace, des belles saveurs pures. Des fois, la simplicité l’emporte: on arrive là avec des étoiles dans les yeux. Juste y être, c’est déjà beau. »
Le paysage du Vignoble Les Ouches, crédit photo instagram
#4 – Paul Pizza, Limoilou
Fraîchement débarquée sur la 3e Avenue, la pizzéria comble « un amour inconditionnel pour la pizza new-yorkaise », un style que Frédéric cherchait en vain à Québec. « Une belle croûte au levain, des micro-batchs à chaque jour, croustillante à souhait. » Une belle addition à Limoilou!
Paul Pizza, crédit photo: Alexandra Thibault
#5 – Crèmerie Sammy’s, Sainte-Anne-de-Beaupré
Sur la Côte-de-Beaupré, à un saut des chutes, ce bar laitier prépare, à la manière néo-zélandaise, une crème glacée molle aux vrais fruits de saison, incorporés à la minute. « C’est une des seules places qui font ça dans la région, et c’est une crèmerie qui nous a beaucoup inspirés quand on a fait le Chouchou. Ils travaillent de beaux produits et l’image de marque aussi est belle: tout fait du bien quand tu vas là. » Le genre d’arrêt qui récompense une sortie de course ou de vélo depuis Québec.
La molle aux bleuets sauvages de la crèmerie Sammy’s, Crédit photo: instagram
Mention spéciale – Pascal Le Boulanger, Stoneham
Complice du Chouchou pour ses pains à burger, il était impossible de ne pas le nommer. La boulangerie de ce Français qui a adopté Québec est devenue une destination pour les cyclistes et les amateurs de balades. Baguette tradition « à tomber à terre », viennoiseries, sandwichs, et des gâteaux qui ponctuent toutes les célébrations de la famille, dont un gros Paris-Brest réclamé chaque année par le père de Frédéric.
Pascal Le Boulanger à Stoneham, crédit photo: DQC
Où sortez-vous pour célébrer une occasion spéciale?
Le Kebec Club Privé reste la référence du couple pour les grandes soirées gastronomiques, mais dans la vraie vie, on célèbre en famille, et Julio Taqueria, Saint-Roch, fait l’unanimité, petits et grands confondus. Les enfants adorent les tacos; les parents, les margaritas, « ce qui est le plus dangereux », et tout ce qui se fait autour du maïs, options végé comprises. « On t’amène plein de sauces différentes et on vient te les décrire à table. Tout est facile à aimer, convivial, à manger avec les mains et à partager. » Le tout dans un magnifique décor coloré, aussi ludique que dépaysant.
Julio Taqueria, crédit photo: Mikael Lebleu
Et pour une date?
Gisèle Buvette, Saint-Sauveur, pour sa belle sélection de vins, ses DJ qui se relaient toutes les semaines et sa boule disco. « Il y a une grosse estrade au centre; s’y installer côte à côte ou se glisser au petit bar, il y a quelque chose de festif et de vraiment le fun. L’apéro idéal: olives et gimlet, et la soirée est lancée. » — Marie-Ève Massicotte
Le décor du Gisèle Buvette, crédit: instagram
Votre secret le mieux gardé de Québec?
Chez Carlos Café, Vieux-Limoilou, le volet boulangerie et café colombien de Carlos, un habitué de La Planque. Empanadas, breuvages et petits plats qui « te plongent en Colombie dès la première bouchée », avec des petites sauces à tremper, dont une verte à l’avocat « qui se boit en pinte ». Le bon réflexe: tout emporter au parc Cartier-Brébeuf, juste à côté. « C’est vraiment bon ce qu’il fait. » — Frédéric Samson
Mention spéciale: à Chez Denise, Shannon, casse-croûte familial où même les pogos sont faits maison. « Les enfants capotent plus sur ces pogos-là que sur les normales », dit Marie-Ève en riant.
Meilleur lunch sur le pouce?
Baloney, Saint-Jean-Baptiste, la sandwicherie que Benoît Lacourse, longtemps chef du Cendrillon, a ouverte au 545, rue Saint-Jean: son rêve devenu réalité. On y va pour le classique louisianais revisité, le baloney grillé garni de chips au ketchup, « au lieu de la moutarde: choix personnel, on ne juge pas », ou pour le chopped cheese, « extraordinaire, si tu veux faire une sieste après ». « C’est juste le fun d’y aller en gang et de goûter à tout. »
Les sandwichs du Baloney’s, crédit: instagram
Une activité à faire absolument à Québec?
Une journée complète dans leur coin, au nord de la ville. « Tu prends ton café aux Gamines, à Stoneham, tu t’en vas faire du vélo de montagne à Empire 47, au Lac-Delage, puis tu repasses par La Souche te chercher des petites bières à emporter et chez Pascal le boulanger pour un lunch sur le pouce. Tu finis sur le bord de la rivière Jacques-Cartier, sur la plage à côté de l’église de Tewkesbury. Tout est à cinq minutes. » Un nouvel escalier aménagé par la ville mène maintenant jusqu’à la berge. « Je ne sais pas si on a le droit de dire ça, je préférerais le garder secret: ça va devenir un endroit où tout le monde va aller. » — Marie-Ève Massicotte
Empire 47, crédit photo: Etienne Dionne
Vous recevez quelqu’un qui n’est jamais venu à Québec, où l’amenez-vous en premier?
Le grand classique, pleinement assumé: voir le Château, se promener sur la Terrasse Dufferin, descendre en funiculaire et flâner dans les petites rues du Petit-Champlain. « Oui, c’est touristique, mais nous, on le fait chaque année avec les enfants, et on revient remplis comme au retour d’un voyage en Europe. » Sur le chemin, un arrêt sur la rue Saint-Jean s’impose pour un spritz et une pizza chez Nina Pizza napolitaine, puis une chouquette chez Chouquette, juste à côté, pour la route.
Comment décririez-vous Québec en un mot?
« Charmante. Elle est tellement esthétique, elle a tout pour charmer: la bouffe, le décor, le château. » Frédéric renchérit: « Son monde, sa restauration, le service… Ça, c’est vraiment notre force. »
Écrit par Maya Cloutier
Photographié par Alison Slattery