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Ils en Fument du Bon charcuteries de Luxe s’était fait remarquer il y a quelques années avec sa vidéo de promotion où le pimp de la saucisse expliquait un peu son histoire. Je m’étais dit  « ce gars est un malade, je dois le rencontrer ». Par l’entremise de Miss Prêt à Manger et maintenant aussi du restaurant Monsieur, le contact s’était fait. La première rencontre avec Félipé St-Laurent a eu lieu au bar à Absinthe de l’hôtel Intercontinental où il avait déjà travaillé. C’est là qu’il avait amené ses saucisses de luxe pour une première dégustation qui fut mémorable.

Quand je l’ai rencontré, il avait un peu délaissé le monde de la fête pour réaliser son rêve de charcutier. Comment devient-on vendeur de saucisses de luxe lui avais-je demandé à l’époque ? Quand il est devenu co-propriétaire du traiteur de l’Auberge St-Gabriel, l’Auberge sur la route, il était un homme comblé. « Je me suis dis que j’avais accompli ce que je voulais dans la vie. Mais les choses se sont pas vraiment passées comme je voulais… En même temps, j’ai rencontré un peu par hasard un monsieur malade qui a été mon mentor. Il s’appelait Ulysse. C’était un maître charcutier et il m’a montré tout ce que je devais savoir sur la charcuterie. »

Plus tard, Félipé me dira que ce qui l’avait encouragé à se lancer en affaires seul, c’était qu’Ulysse lui avait un jour confié que son seul regret dans la vie était de ne pas avoir parti sa petite entreprise locale de charcuteries. « Après ça, pour plusieurs raisons, j’ai quitté le traiteur pour me concentrer sur la fabrication de charcuteries. Ulysse n’était pas content ! Il me disait que j’étais fou. Ma mère aussi ! En fait, tout le monde pensait que j’étais fou… Tu pars d’être copropriétaire avec Guy, Marc Bolay et Garou pour aller vendre de la saucisse… » Oui, on peut imaginer.

À l’époque, il me raconte aussi qu’il n’a jamais pu avoir de subvention gouvernementale. En fait, il a presque eu accès à certaines de ces subventions, « jusqu’à ce que je leur dise que mon entreprise s’appelait Ils en Fument du Bon. Là, tout s’arrêtait. À chaque fois. Quand c’est moindrement relié à la drogue, le gouvernement aime pas ben ça. » Effectivement, on peut imaginer aussi.

Il a donc tout fait seul. Seul est un grand mot. Il a tout fait seul, mais appuyé de milliers de disciples qui ont participé au buzz de l’entreprise et d’une multitude de personnes généreuses qui l’ont aidé et soutenu au maximum de leurs capacités.

En 2012, je l’avais filmé pour une capsule web d’un projet qui ne vit jamais le jour (un autre). Toujours aussi excentrique, il avait débarqué avec sa boîte IFB remplie de petites figurines en bois et de poils synthétique. « ‘Scuse moi, j’ai pas dormi de la nuit, j’ai rencontré une fille malade hier, man j’capote » — copropriétaire de la Pizzéria Roméo et avec qui il finira par sortir. À la suite de ce tournage, il m’avait demandé de l’aider avec ses réseaux sociaux, parce que tout le monde le facturait beaucoup trop et qu’il courait un peu après son argent à l’époque. J’étais aux études et je le trouvais vraiment très drôle. Dans notre mission de blogue, nous avons promis de vous tenir au courant des détails derrière nos histoires; de janvier 2013 à août 2013 j’ai donc travaillé pour Félipé St-Laurent et Ils en Fument du Bon.

À l’époque, il m’avait dit « t’es intelligente, tout ce que tu trouves fou, mais raisonnable on va le faire. Moi je veux que tout le monde parle de mes saucisses. Les réseaux sociaux, c’est gratuit et ça a un pouvoir énorme. » Il travaillait tous les jours très fort à essayer de faire fonctionner cette machine presque seul. Nous avons donc réalisé des publications de livraison de saucisses de lui torse nu voyageant à dos d’ours, de lui débarquant d’un hélicoptère, des 10 commandements de la cuisson… Aucune idée n’était trop folle pour lui et nous avions beaucoup de plaisir à travailler ensemble.

Il faut savoir que les gens me trouvent souvent intense, mais qu’à côté de Félipé, j’ai des croûtes à manger. Grand sensible au coeur généreux, il profite de la vie à fond et quand il aime il ne compte pas. Depuis les débuts de mon emploi, il me disait « Élise je vais avoir mon show de télé tu vas voir. Élise je vais avoir ma boutique tu vas voir… » Moi, j’allais à l’école à temps plein et je travaillais pour d’autres entreprises à temps partiel. Je voulais le croire, je voulais tellement que tout lui arrive; je le trouvais vraiment sympathique et je trouvais qu’il le méritait. Mais ça n’arrivait pas, les choses ne bougeaient pas, et j’avais trop pris de contrats un peu partout pour être capable de tout faire, j’ai malheureusement dû arrêté de travailler pour Félipé et cela m’a attristée. Le pimp de la saucisse, dans son excentricité, son intensité, son exigence, était très touchant et attachant.

Le 21 novembre 2013, il a officiellement ouvert son magasin de charcuteries au Marché Jean-Talon avec le Pourvoyeur et le Canard du Lac Brôme. « Le canard du la Brôme, ils existent depuis 102 ans ! Et ils décident de s’associer avec moi qui existe depuis 2 ans ! C’est malade, c’est comme mes grands frères… Non même pas, c’est comme mes parents… Ils m’apportent une stabilité et moi je leur apporte un peu de folie. On est gagnant gagnant et on n’a pas la même clientèle nécessairement alors c’est vraiment le fun ! » Effectivement.

Il a maintenant sa propre chambre froide juste en dessous de son magasin et 12 employés travaillent actuellement pour lui. Il sert présentement 20 saucisses différentes (ma préférée est la bacon et fromage en grains), il offre une mayonnaise amidon, une moutarde maison en plus de terrines de campagne, de crépinettes (c’est quoi ça?  « C’est de la panse… » Eurk. « Non c’est délicieux ! » Ok, j’essaierai un jour c’est promis), des cretons, des rillettes et beaucoup d’amour me dit-il — et je confirme.

En septembre 2014, il aura finalement son émission de télévision avec Zeste.

Dans quelques jours, il ouvrira une une nouvelle boutique sur Notre-Dame Ouest encore avec le Canard du Lac Brôme et le restaurant Henri St-Henri.

Ce qu’il y a à retenir de Félipé St-Laurent et d’Ils en Fument du bon, c’est qu’en plus d’offrir les meilleures saucisses à Montréal, au bout du compte, il a travaillé très fort, s’est réajusté à chaque obstacle, s’est bien entouré de gens vrais et généreux, a été généreux lui-même, a appris de ses erreurs et a tenté de garder confiance et positivisme en son projet. Quand je le rencontre dernièrement pour écrire ce papier, je me dis que c’est vraiment un beau modèle. Dans sa folie, dans sa joie de vivre, il a réussi à faire quelque chose d’extraordinaire: un branding de charcuteries de luxe qui inspire du rêve.  « Moi, ce qui me rend le plus heureux Élise, c’est quand des jeunes viennent me voir et me disent qu’ils avaient un rêve mais qu’ils étaient pas capable de le réaliser et que grâce à mon histoire et à ma folie, ils ont été inspirés et que là ça commence à fonctionner leur affaire. C’est ça qui est vraiment le fun. Donner aux jeunes. Inspirer les autres, c’est ça que j’aime le plus! »

Je quitte le marché Jean-Talon et je me surprends à être fière pour lui. Et de ses accomplissements. Je l’ai connu quand rien n’allait et maintenant il a presque tout.

Bravo et beaucoup de succès à Ils en Fument du Bon et à Félipé St-Laurent.

Écrit par Élise 


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